M’Chedallah Il sillonne la région du matin au soir – Un attardé mental au secours de l’environnement !

Comme une machine bien réglée, il sillonne quotidiennement et à des horaires bien fixes les rues et ruelles des chefs-lieux des communes de Saharidj et M'Chedallah, et ce, pour ramasser soigneusement les déchets ménagers éparpillés par le vent ou les chiens errants.

Natif de Saharidj et âgé de 30 ans, Kamel I., car c’est de lui qu’il s’agit, est un… mordu de la propreté. Ce jeune attardé mental sillonne les artères de la ville de Saharidj et celles de M’Chedallah et s’attaque aux détritus et à tout objet polluant, qu’il fourre dans un sac en jute ou même dans les poches de son gilet. Une fois le « plein » fait, il se dirige vers les bacs à ordures ou la décharge publique la plus proche pour vider son sac et ses poches et revient reprendre sa besogne de nettoyage du matin jusqu’au soir, qu’il pleuve ou qu’il vente. Fidèle à son poste, Kamel a fini par ne plus attirer l’attention et passe presque inaperçu, faisant partie désormais du décor ; c’est à peine s’il fait pitié aux nouveaux arrivants qui le rencontrent pour la première fois. Même le service qu’il rend à l’environnement et par ricochet aux riverains, n’est guère apprécié ni encore moins évalué à sa juste valeur par ces derniers, qui le regardent et le laissent faire sans lui prêter aucune attention. En ‘’creusant’’ un peu dans la vie de ce pauvre et brave malade d’un genre plutôt particulier, nous découvrîmes que cette hantise des ordures s’est développée en lui à l’âge de 18 ans, quand il a été recruté par l’APC de Saharidj pour faire partie de l’équipe des éboueurs durant quelques mois. En s’apercevant qu’il présentait des déficiences mentales, les responsables de l’APC de l’époque ont mis fin à ses activités et l’ont radié des effectifs, mais c’est sans compter sur son entêtement puisqu’il a continué depuis à se lever tôt le matin pour s’atteler à sa tâche d’éboueur pour ne rentrer chez lui qu’à la tombée de la nuit, exténue, mais heureux de se rendre utile. N’étant plus accepté dans l’équipe, il travailla en solo avec la même efficacité et ponctualité que ses ex-coéquipiers sinon mieux, et chacun y trouve son compte. Lui, il continue à exercer une occupation dont il donne l’impression d’en faire une passion et son passe-temps favori et les rues débarrassées des impuretés polluantes. Tout le monde est gagnant, puisque l’environnement en tire un certain profit, mais aussi les autorités locales qui ne craignent pas d’être épinglées pour recrutement et utilisation d’un malade mental, ce qui est interdit par la loi. Simplement, Kamel est loin d’être un handicapé mental à 100%, il est assez lucide et conscient et ne s’expose à aucun danger, exception faite d’un peu de saleté qu’il prend en s’attelant à sa tâche « d’éboueur bénévole ». Etant marié et père d’une fillette en bas âge et sans ressources, il serait humain de lui accorder une dérogation et lui faire une exception, en le réintégrant dans l’équipe des éboueurs avec une rémunération à plein temps qu’il mérite amplement, pour aider sa petite famille, quitte à solliciter l’avis d’un psychiatre pour juger de ses capacités à fournir un travail d’utilité publique sans s’exposer au danger. De toutes les façons, il n’est pas prêt de lâcher prise et il n’abandonnera jamais ce métier qui lui tient à cœur et qui lui permet aussi de maintenir son équilibre psychologique, bien que fragile. En effet, cette activité empêchera ce dernier de s’aggraver tant qu’il sentira qu’il a sa place au sein de la société saine. Il continuera sa noble tâche au service de l’environnement et la santé publique au détriment de sa propre santé autant alors le faire bénéficier d’une assurance et le réintégrer à son poste, une manière de le mettre sous surveillance de ses coéquipiers et le faire aussi bénéficier des visites médicales obligatoires pour les éboueurs. Parions que si tel est le cas, son état mental s’améliorerait, d’autant plus que ceux qui le connaissent sont catégoriques : Kamel n’est pas fou, c’est un léger attardé mental qui pourrait être facilement récupéré il suffirait d’une simple assistance surtout par son milieu social et pourquoi pas par des séances de rééducation ou correction psychologiques.

Oulaid Soualah