À l’initiative du laboratoire d’étude sur la criminalité organisée de la faculté de droit de l’université Akli Mohand-Oulhadj de Bouira, des juristes, des magistrats, des responsables de pratiquement toutes les banques implantées en Algérie ainsi que d’autres experts et chercheurs venus de plusieurs pays asiatiques et africains sont en conclave, depuis hier, pour un séminaire international, le premier du genre en Algérie, traitant du blanchiment d’argent et ses rapports avec le crime organisé.
«Le séminaire se propose de servir de forum de vulgarisation, de sensibilisation et de prise de conscience auprès de la communauté nationale, sur le phénomène de la corruption et du blanchiment d’argent», écrivent les initiateurs de ce colloque, auquel ont répondu plus de 150 potentiels intervenants après l’appel à communications lancé par les organisateurs. C’est dire, donc, combien il y a à dire et à dévoiler sur ce mal ayant pris des proportions alarmantes ces dernières années, tel que l’illustrent les rapports annuels y afférents d’organisations aussi bien locales que transnationales. Les spécialistes, dont des représentants des services de sécurité se sont penchés sur la notion d’infraction de corruption, les dispositions et les moyens de lutte contre la corruption, les nouvelles formes de blanchiment d’argent et la coopération internationale dans ce domaine. «Le blanchiment d’argent dans le cadre du crime organisé», est le thème retenu pour le second volet du séminaire. Ainsi et lors du premier chapitre du colloque, les intervenants, notamment des juristes des universités de Tunisie, d’Égypte et de Jordanie, se sont étalés sur la gravité des proportions de ce phénomène, notamment au tiers monde. Ces derniers étaient, d’ailleurs, convaincus que le blanchiment d’argent a un rapport directe avec la prolifération des sectes et autres organisations terroristes et criminelles, mais aussi l’incapacité de certains pays, notamment en Moyen Orient et en Afrique, de contrôler ou de superviser les différentes transactions financières et bancaires, dans un environnement économique, où la flexibilité des opérations domine et où les États ne possèdent pas le pouvoir de contrôler les flux financiers. «Aux pays du Moyen Orient et en Afrique, ce problème se pose avec acuité. Au niveau de ce pays, où les conventions internationales de l’ONU ne sont pas ratifiées ou respectées, l’État est plutôt faible face à la complexité de ces opérations de blanchiment, qui ont un rapport direct avec les organisations terroristes et criminelles. La prolifération de la corruption encourage également ce genre d’opérations illégales», dira Dr Hicham Ali Chantaoui, universitaire de la Jordanie. Ce dernier affirme également que la multiplication de ces actes de fraudes organisées fragilise la sécurité économique des États et même menace l’existence politique des pays. «Le blanchiment d’argent menace sérieusement la stabilité économique des États et de l’investissement. Dans d’autres stades, c’est clairement la souveraineté et l’existence des États qui sont menacées, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Afrique et du Moyen Orient», soulignera-t-il. Pour l’intervenant, le blanchiment d’argent a dépassé ces dernières années, les banques et les institutions financières, et s’est clairement affiché dans les simples transactions économiques via internet, dans le domaine de l’immobilier et des assurances notamment. «Actuellement, le blanchiment d’argent peut se faire avec une simple opération de retrait d’argent via une carte bancaire internationale, ou encore via l’achat d’immobilier, des actions en bourses et des assurances», ajoute l’intervenant, pour lequel les États doivent nécessairement adopter l’ensemble des accords mondiaux mais aussi redoubler d’efforts pour combattre ce fléau criminel et menaçant. «Nous devons réfléchir à un cadre juridique fiable et généralisé au dépassant des accords mondiaux du domaine. L’élargissement des études et des recherches juridiques passent aussi en priorité» a-t-il conclu.
L’exemple algérien
Docteur Chiekh Nadjia, enseignante à la faculté de droit de l’université de Tizi-Ouzou, a, pour sa part, détaillé les différents dispositifs de lois mis en place par l’Algérie, pour contrecarrer ce phénomène. Ainsi et d’après la même intervenante, le blanchiment d’argent s’agit d’un phénomène illégale qui représente un défi claire pour le système des finances. «Il s’agit là d’un crime à double caractère, à commencer par l’origine des fonds, issus essentiellement des milieux de crimes organisés et sophistiqués. Ensuite c’est la légalisation de ces fonds, qui est le crime financier», affirme l’intervenante. D’après-elle l’Algérie est en pôle position en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et en législation aussi. «L’Algérie a aussi adopté toutes les conventions internationales. Les lois 4/15 de 1989 et 5/01 de 2015 ont également mis en place un large dispositif qui peut encadrer toutes les opérations financières et aussi contrôler avec beaucoup d’efficacité le blanchiment d’argent, y compris les crimes via informatique et internet. Et comme à chaque fond à comme origine un crime, la législation algérienne a, d’ailleurs, fait la part des choses, en désignant l’origine de l’argent et le crime de blanchiment, contrairement à d’autres législations qui punissent l’acte de blanchiment sans prendre en considération son origine», a-t-elle ajouté. Dans le même contexte, Mme Chiekh a expliqué que les actes de blanchiment d’argent à l’échelle mondiale ont adopté de nouvelles méthodes et affecté aussi de nouveaux secteurs, à l’image des marchés financiers, des établissements d’assurances, de l’immobilier. Elle affirme également que toutes sortes de blanchiment d’argent affectent sérieusement l’économie de chaque pays. «Ça touche pratiquement l’ensemble des domaines. En premier lieu cela encourage à la prolifération du crime organisé sous toutes ses formes : kidnapping, corruption, prostitution, trafic de drogue et d’armement… etc. Aussi à l’économie nationale, à l’investissement et à la crédibilité économique de l’État», a-t-elle ajouté.
O. K.
