Les incalculables incendies en séries qui ont ravagé la quasi-totalité du légendaire tissu végétal de la région Est de la wilaya de Bouira, durant la décennie noire, ont eu un impact très négatif sur la faune et la flore.
Ainsi, des immenses espaces forestiers calcinés offraient un décor de désolation apocalyptique. Mais au fil du temps, grâce à ses miraculeuses capacités, dame nature à fini par naître pour ainsi dire de ses cendres. Ces même cendres riches en minéraux et azote ont d’incroyables pouvoirs d’engraissement du sol qu’ils transforment en terrains hautement fertiles, ajouté à cela, le rôle du vent qui s’est chargé au bon moment et en bon semeur, d’éparpiller les grains de semences et le pollen du tissu végétal épargné par le feux, et l’importante pluviométrie qui arrose ces vastes espaces nus, ensemencés d’une manière tout à fait naturelle. Ainsi, on peut prendre comme exemple la région de M’Chedallah, affublée jadis du qualificatif de l’Aarch azegzaw (la tribu verte), tiré de ses immenses surfaces forestières qui ceinturent étroitement la totalité des villages de l’actuelle daïra de M’chedallah. En effet, il est observé à l’heure actuelle, une spectaculaire reprise du tissu végétal, avec sa légendaire variété d’espèces de plantes, mais avec celle dominante qui est le pin d’Alep ou ‘tayda » en Kabyle, et le chêne vert qui vient en deuxième position. Ils forment de véritables pépinières à perte de vue tant du côté du massif de chréâa, que de celui de la vallée du Sahel et de la chaine montagneuse du Yemma Khelidja, où la nature a repris ses droits d’une façon prodigieuse et spectaculaire.
La faune aussi commence à repeupler ces immenses forêts
La faune, toutes espèces confondues, recommence, elle aussi, à repeupler de façon non moins spectaculaire ces forêts. À commencer par les sangliers qui y pullulent et occupent le moindre espace à cause de leur fulgurante reproduction, qui frôle les trente marcassins par année pour chaque femelle, talonnés de près par le singe magot-berbère. D’autres espèces qui ont disparues depuis plus de vingt cinq ans, refont aussi leur réapparition, tels que la hyène rayée, le vautour, le renard, la belettes, le ramier, les cigognes et autres chacals et corbeaux, les perdrix et lièvres pour ne citer que les plus visibles. Sachant que des dizaines d’autres espèces se font discrets en s’installant dans des lieux inaccessibles à l’homme et loin des centres habités y compris des espèces inconnues dans la région par le passé tels que ces oiseaux blancs de l’envergure d’un pigeon voyageur qui ont une forte ressemblance avec les mouettes marines, et qui se sont manifestés depuis plus de cinq ans et ne sont nullement effarouchés par la présence humaine. Les reptiles et rongeurs sont aussi de la partie, avec notamment une impressionnante prolifération de serpents et de lézards durant les six mois de saison sèche. Les grenouilles et crapauds reprennent avec leurs agréables concerts nocturnes qui ont bercé notre jeunesse. On y rencontre également durant cette période des hérissons, des gerboises, des cigales, et autres caméléons, cela à côté de centaines d’autres insectes, notamment les fourmis et les sauterelles. Espérons que les services des forêts, ceux de l’agriculture et du parc national du Djurdjura (PND) qui dépendent d’un ministère commun, prennent les dispositions nécessaires pour mettre en place un dispositif fiable de protection de la faune et de la flore, et ne se laisseront pas surprendre une deuxième fois par cet élément naturel de destruction massif qui est le feu. Ce qui ne disculpe en rien la société civile, qui est en partie responsable de la dégradation de la flore et de la disparition de la faune, et ce, en polluant l’environnement par le déversement sauvage et anarchique d’ordures, en provoquant des incendies volontaires,… ajoutés à cela les défrichements non moins sauvages qui ont tendance à se multiplier depuis ces deux dernières années et le braconnage, qui a aussi connu une extension sans limite.
Oulaid Soualah

