Si un jour vous sillonnez le marché hebdomadaire de Tazmalt à la recherche d'un ancien bouquin introuvable sur les étals des librairies, vous risquerez de déchanter, car les bouquinistes ont disparu de ces lieux!
En effet, par le passé il y officiait dans ce marché beaucoup de bouquinistes avec de larges étals, où les clients avaient tout le loisir de faire des « plongées » dans les livres disponibles à profusion, et touchant à des thèmes variés. Les romanes, les recueils de poésie, les revues scientifiques, les livres d’économie, des finances, de politique, bref il y en avait pour tous les goûts! Jusque dans les années 1990, cette profession était en vogue, et plusieurs bouquinistes tenaient des étals, ou à vrai dire des « grottes » d’Ali Baba, où trônent les livres neufs et surtout d’occasion. À cette époque, faut-il le relever, il y avait des lecteurs assoiffés du savoir et de connaissances. La lecture n’avait pas perdu de sa superbe. Il faut souligner, également, qu’à cette époque-là et même bien avant, les moyens et les lieux de loisirs manquaient cruellement, ce qui poussait les gens à se rabattre sur la lecture pour passer le temps et s’instruire par la même occasion. Aujourd’hui, la donne a changé et les bouquinistes ont, comme par malheur, déserté les lieux. De temps en temps, on constate l’installation d’un étal d’anciens bouquins, et ce, par on ne sait quelle nostalgie. Les rares bouquinistes qui ont encore le courage d’étaler leurs livres dans ce souk, n’arrivent plus à écouler leurs « marchandises », car les lecteurs, devenus comme des oiseaux en voie d’extinction, ne se bousculent plus sur les étals! Quelques rares étudiants à la recherche de modules s’y pointent, en sus des « anciens » lecteurs qui ont encore cette verve de lire, le reste de chalands n’osent même pas regarder du côté des livres! Cette situation a poussé beaucoup de bouquinistes à changer carrément de profession, car la vente des bouquins (romans) ne fait plus recettes comme avant. La clientèle qui se « recrutait » parmi les lecteurs s’est raréfiée, car les gens ne lisent plus, surtout les nouvelles générations qui ne connaissent les écrivains de renom que de nom tout au mieux! « Eh bien, c’est regrettable d’en arriver là où nous en sommes! Les jeunes de notre époque ne lisent pas. Le niveau a dangereusement chuté. Quand vous demandez à un jeune lycéen qu’est-ce qu’il a lu, par exemple, de Mammeri, de Ferouan ou de Sénac, il vous demanderait qui ils sont? C’est dommage! », regrette un fervent lecteur de romans et de poésies.
Syphax Y.

