même si l'enseignement de Tamazight a pu enregistrer des avancées considérables par rapport aux premières années de son lancement, il n'en demeure pas moins qu'il reste encore miné par nombre de difficultés.
Une réalité sur laquelle se sont entendus les spécialistes ayant pris part, jeudi, à une table ronde traitant du sujet, à la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Citant, entre autres, la non-généralisation de cet enseignement, son caractère facultatif, le manque de formation des enseignants ou encore le principe de la demande sociale. La table ronde avait pour thème » L’enseignement de la langue amazighe, bilan et perspective ». Les participants ont tenté de se pencher sur la question et dresser justement le bilan qui aurait dû couronner la période d’expérimentation allouée à l’enseignement de cette langue en Algérie depuis son instauration en 1995. Une période qui, depuis, dure encore, donnant lieu à un caractère instable endossé par l’enseignement de Tamazight, à commencer par son cadre facultatif dans les écoles. Certes, ce n’est pas le cas à Tizi-Ouzou où » l’enseignement de Tamazight est obligatoire depuis 2008, date où a été signée, puis annulée, la dernière dérogation « , comme le soulignait Kamel Boukhalfi, cadre à la direction de l’éducation locale (DE). Mais ailleurs, la situation est tout autre, puisque les élèves ont le choix de participer ou non aux cours de la langue. À cela vient s’ajouter la non-généralisation de l’enseignement de Tamazight à travers les écoles du pays, même si l’on parle de 24 wilayas où la langue amazighe est présente dans les écoles, comme le rappelait le modérateur de la table ronde, Hamid Billak, archéologue et ancien cadre au Haut commissariat à l’amazighité (HCA). Il souligne qu’en termes de quantité le compte est encore plus loin, donnant d’ailleurs l’exemple de la capitale du pays qui ne compte que » 2 enseignants uniquement pour 35 élèves ». À Tizi-Ouzou par contre, Tamazight est « complètement généralisée au niveau des trois paliers, à compter de cette année scolaire, 2015/2016 », avait rappelait le représentant de la DE, soulignant toutefois qu’il s’agit là d’un travail « progressif qui a d’abord touché le primaire ». Une fierté certes, mais on ne peut s’arrêter à ce bilan local « remarquable et positif » puisque « Tamazight et une langue nationale, officielle et doit être généralisée à tous les établissements scolaires du pays » déplore Hacene Helouane, enseignant au département de français de l’université Mouloud Mammeri. Il profite de son intervention afin de soulever aussi d’autres problèmes qui empêchent cette langue de s’épanouir comme souhaité à travers les écoles. Il parlait ainsi longuement du manque de formation des enseignants, ou encore de son enseignement qui ne débute qu’en 4ème année primaire, estimant que cela devrait se faire plus tôt.
Plus de 50% de
l’enseignement se
fait à Tizi-Ouzou
à cela vient s’ajouter le principe de la demande sociale, « un paradoxe » pour Helouane qui se demande pourquoi on parle alors de « nationale » et d’ « officielle » puisque pour son enseignement, il faut que la demande soit exprimée par la majorité. Revenant sur la nécessité de la généralisation de la langue dans tous les établissements scolaires, l’intervenant souligne que toutes les avancées faites ne concernent que la région de Kabylie. M. Smail, inspecteur de Tamazight à Bouira, revient, pour sa part, sur l’expérience de son enseignement dans cette wilaya. Il rappelle de ce fait qu’en 1995, le début s’est fait avec 23 enseignants alors qu’aujourd’hui, leur nombre est passé à 210. Le même intervenant a fait aussi l’éloge du côté qualitatif des cours prodigués grâce notamment aux licenciés à qui l’on confie cette tâche. Pour la généralisation de cet enseignement dans la région et son caractère facultatif qui prône, l’inspecteur salue les directeurs de certains établissements de cette wilaya qui « osent » l’imposer d’eux-mêmes. Pour compléter le tour de la table ronde, le Haut commissariat à l’Amazighité (HCA) était représenté par Boudjemaâ Aziri, directeur de l’enseignement et de la recherche au HCA, qui est revenu principalement sur la genèse de l’enseignement de Tamazight qu’il juge d’ailleurs satisfaisant, ne s’arrêtant pas uniquement au nombre des wilayas touchées par cet enseignement, mais plutôt à celui d’enseignants d’un côte, et des élèves concernés de l’autre. Il ne manquera pas de rappeler qu’en 1995, seuls 223 enseignants étaient chargés de la lourde mission d’engager le premier enseignement de Tamazight à travers 16 wilayas, touchant quelque 37 690 élèves. Ceci, au moment où ils sont actuellement au nombre de 2 013 enseignants pour pas moins de 277 176 élèves recensés au niveau national touchés par ce même enseignement. Des statistiques qui ne parviennent cependant pas à convaincre, puisqu’elles concernent principalement la région de Kabylie. D’ailleurs, le représentant de la DE, Kamel Boukhalfi, l’a prouvé en affirmant que sur les 2 013 enseignants en fonction recensés cette année, 1 043 sont à Tizi-Ouzou, soit plus de 50% du total nombre de ces enseignants. C’est dire que malgré l’officialisation de Tamazight, le chemin est encore long pour concrétiser sa généralisation à travers les différents établissements scolaires du pays. Une généralisation qui ne viendra qu’avec la volonté des directions de l’éducation de solliciter l’ouverture de postes budgétaires auprès du ministère. À cela vient s’ajouter le besoin effectif de faire le bilan de cette expérience ayant duré plus de 20 ans. Une manière d’estimer les avancées pour fixer les méthodes, et décider de la fin de l’expérimentation qui décidera par la suite de la généralisation de cette langue.
Tassadit Ch.

