Pas moins de 450 collégiens répartis sur 16 divisions se retrouvent, chaque jour, au moment du repas de midi confrontés à l’épineuse contrainte de la restauration.
Ces collégiens sont obligés, chaque jour que dieu fait, de chercher un moyen de dégoter un sandwich à avaler dans l’encoignure d’une porte, dans un coin de rue discret comme d’authentiques vagabonds. Ceci pour les plus nantis, sachant qu’un simple casse-croûte chez le gargotier du coin coûte pas moins de 140 DA. Pour les autres et ils sont les plus nombreux, étant issus de familles à revenus modestes, n’ont d’autre solution que celle d’avaler leur salive et de déglutir en regardant les autres manger et serrer la ceinture jusqu’au dernier cran pour s’attaquer au cours de l’après- midi le ventre creux et la tête tournante. Un scénario qui se répète qu’il vente ou qu’il pleuve depuis… 30 ans, soit depuis la mise en service, en septembre 1985, du CEM sans que cela n’émeuve une quelconque autorité. Pourtant, ces responsables sont nombreux à verser sporadiquement quelques «larmes de crocodile» devant le calvaire des milliers d’étudiants qui ont transité par cet établissement situé en plein centre du double chef-lieu de commune et de daïra. Les autorités, aussi, se sont formellement engagées à mettre fin à cette inacceptable situation par la réalisation d’une cantine, à commencer par l’ancien wali, mais leurs engagements sont restés, à ce jour, au stade de vœux pieux sans plus, sinon servent à doser un populisme périmé non trompeur à l’occasion de chaque cérémonie qui se déroule au sein de cet établissement. Pourtant, toutes les conditions sont offertes pour la réalisation d’une cantine pour ces collégiens, résidents en majorité dans les agglomérations périphériques, à plusieurs kilomètres à la ronde, tel que ceux du village Ath Ivrahim, entre autres, lesquels endurent aussi le calvaire de l’absence totale du transport scolaire. D’ailleurs, un terrain vague mitoyen de l’établissement d’environ 25 mètres de largeur et 50 mètres de longueur, qui est un excédent de l’assiette des 16 logements LPP en voie d’achèvement, est disponible et ne demande qu’a être exploité au lieu de servir de fumoir, urinoir et dépotoir polluant sensiblement cet établissement et dérangeant énormément plusieurs administrations et blocs résidentiels. Combien sont-ils les présidents qui ont transité par cette APC à jurer par tous les saints de la région, durant les campagnes électorales, de faire de cette lacune l’une de leurs priorités ? Combien de chefs de daïra ont-ils opiné du chef, l’air approbateur, soutenant sans réserve cette «idée en l’air» ? Enfin, combien de directeurs de l’éducation se sont-ils engagés solennellement, la main sur le cœur, à prendre en charge cette tenace contrainte dans les plus brefs délais, et cela presque annuellement depuis 30 ans ? D’anciens élèves qui ont signé des pétitions à ce propos dans les années 1980, commencent à avoir des cheveux blancs, des parents qui ont organisé des mouvements de protestation toujours à ce même sujet, sont morts et enterrés et ne sont plus de ce monde depuis belle lurette, et enfin des directeurs ayant exercé dans cet établissement et qui ont rédigé des dizaines de requêtes pour réclamer une cantine, sont en retraite depuis des lustres, et la cantine n’est toujours pas réalisée. Le fumoir, l’urinoir et le dépotoir continuent toujours de narguer et de déranger tout le monde. Au point où vont les choses, il est fort à parier que ce décor solidement planté au beau milieu du chef-lieu de daïra en plein centre du chef-lieu de commune ne changera jamais.
Oulaid Soualah

