Lors de la conférence internationale des énergies renouvelables et la qualité de l’énergie qui s’est tenue la semaine passée à Madrid, le professeur Samir Flazi, enseignant à l’université d’Oran, a souligné que «l’Algérie peut capturer assez d’énergie solaire pour répondre aux besoins énergétiques notamment pour son développement durable, l’agriculture et l’exportation vers l’Europe», ajoutant que «une attention particulière est accordée au Sahara algérien en termes de potentiel solaire devant permettre de capturer assez d’énergie solaire afin de répondre aux besoins énergétiques de son développement durable, à l’agriculture et la repopulation du Sahara, outre l’exportation vers l’Europe en utilisant des systèmes solaires à grande échelle». Il avancera que, dans ce domaine innovant, «l’Algérie peut ainsi devenir un modèle pour d’autres pays».
Ainsi, la crise des revenus pétroliers que vit l’Algérie depuis le milieu de l’année 2014, n’est pas seulement une occasion pour faire redéployer l’économie nationale sur d’autres alternatives laissées jusque-là en friche, mais également de concevoir un nouveau modèle énergétique qui amènera notre pays à se passer progressivement des énergies fossiles. Les études qui sont faites actuellement sur les énergies alternatives renouvelables, présentent généralement l’Algérie comme un immense gisement, particulièrement pour le solaire, lorsqu’on considère la surface du sol exposée au soleil et le nombre d’heures d’ensoleillement dans l’année (4 380 heures).
En Algérie, la question du développement des énergies nouvelles, renouvelables et propres commence à devenir une préoccupation majeure des pouvoirs publics et des techniciens experts. En vue de gérer les contraintes liées à la géostratégie mondiale, pour s’inscrire également dans la nouvelle démarche de la lutte contre la pollution et les changements climatiques- démarche dictée par le protocole de Kyoto et par les recommandations du sommet de Copenhague- et, enfin, pour se préparer à l’ère de l’après-pétrole, l’Algérie n’a en effet d’autre choix que d’investir dans le créneau qui commence à s’imposer maintenant à l’échelle planétaire, celui des énergies alternatives à l’énergie fossile. Étant stratégiquement positionné par rapport aux deux grandes sources des nouvelles énergies, le solaire et l’éolien, notre pays suscite déjà des convoitises pour assurer aux pays de l’Europe leur avenir énergétique. La centrale électrique à l’énergie solaire réalisée à Adrar par les Allemands n’est qu’un petit maillon de ce qui se dessine comme étant une grande chaîne de « bons de commande ». Il en est de même pour la centrale hybride (double source énergétique: gaz-solaire) de Hassi R’Mel, dans la wilaya de Laghouat.
Un pourvoyeur potentiel de l’Europe en électricité solaire
C’est ce qui apparaît dans le mégaprojet Desertec, mis en veilleuse en raison de son coût mais qui est appelé à être « dépoussiéré », prévoyant le désert du Sahara et le désert du Moyen-Orient comme les futurs pourvoyeurs d’énergie solaire et éolienne pour l’Europe.
«Le projet Desertec repose sur le principe que chaque km2 de désert reçoit annuellement une énergie solaire équivalent à 1,5 million de barils de pétrole. La surface totale des déserts sur la planète entière fournirait plusieurs centaines de fois l’énergie utilisée actuellement dans le monde ; couvrir 0,3% des 40 millions de km2 de déserts de la planète en centrales thermiques permettrait de couvrir les besoins électriques de la planète en 2009 (environ 18. 000 TW/an)», écrit Wikipedia à propos de ce gigantesque projet. Cependant, pour ses phases d’études et de mise en œuvre, les pays ciblés comme devant accueillir les installations prévues, à l’exemple de l’Algérie, n’ont pas encore été associés. La technologie envisagée est celle des centrales solaires thermodynamiques à concentrateurs, c’est-à-dire utilisant des miroirs paraboliques pour produire de la vapeur d’eau à très haute température et sous forte pression, qui fait tourner une turbine et un alternateur produisant de l’électricité. Ces centrales consomment beaucoup d’eau douce (un problème en zone aride) et conduisent à modifier l’albédo du désert, d’où un forçage radiatif positif pouvant modifier la météorologie et contribuer à peut-être exacerber certains effets du dérèglement climatique. Les concepteurs du projet espèrent pouvoir utiliser de nouveaux types de lignes Haute Tension (lignes de transmission modernes en Courant Continu Haute Tension ou CCHT ou HVDC), devant permettre de transporter les électrons sur de grandes distances avec beaucoup moins de pertes en ligne (3% pour 1 000 km) qu’avec les lignes classiques à courant alternatif, et presque sans pollution électromagnétique. Vu l’ensoleillement dont bénéficie l’Algérie (moyenne annuelle variant de 2 550 heures dans le Nord à 3 819 heures dans le Sud), le potentiel de l’énergie solaire dans notre pays dépasse 5 milliards de GWh/an.
Vecteur de développement industriel
Les recherches n’ont pas cessé en Europe et en Amérique, dans le domaine des technologies devant aboutir à une utilisation de plus en plus avancée de l’énergie électrique. La dernière voiture électrique présentée en France possède une autonomie de 80 km dans sa batterie d’accumulateurs. C’est un pas vers une reconversion plus poussée des appareils et des machines, de façon à ce qu’ils fonctionnent aux énergies nouvelles et renouvelables. Ces dernières comprennent évidemment les bioéthanols qui, depuis 2008, ont quelque peu contribué à la crise des produits alimentaires dans le monde. L’Algérie produit déjà ses premiers panneaux photovoltaïques. Selon l’ancien ministre de l’Énergie, Youcef Yousfi, le programme national des énergies renouvelables qui a commencé en 2011, générera à terme 200 000 emplois. Ce sont 65 projets permettant de produire dans un premier temps 2 600 mégawatts d’électricité. Des possibilités d’exportation existent. Elles se situent à hauteur de 2000 MW. Le programme national de développement des énergies renouvelables est conçu, selon l’ancien ministre, «comme un vecteur de développement industriel». Il sera réalisé selon un schéma qui «intègre la promotion des capacités nationales de réalisation, de production, d’exploitation et de maintenance». Déjà des expériences à petite échelle dans des villages du grand Sud ont déjà montré les grandes possibilités de l’Algérie en la matière, y compris sur le plan de la maîtrise technique des procédés d’installation et de gestion des panneaux solaires. Certaines bourgades des Hauts Plateaux ont été dotées en énergie solaire par le Haut commissariat au développement de la steppe (HCDS). Certains foyers du Sud ont découvert la télévision et rechargé les batteries de leurs téléphones portables grâce à ce nouveau « miracle » technologique qu’est l’énergie solaire.
Amar Naït Messaoud
