Faute d’industrie pourvoyeuse d’emploi, le chômage semble s’accentuer de plus belle dans la région d’Aïn El Hammam, à quarante-cinq kilomètres au Sud-est de Tizi-Ouzou.
Nous en voulons pour preuve les cafés bondés de jeunes à longueur de journée et les rues où les voitures se disputent l’asphalte avec les piétons que les trottoirs ne peuvent plus contenir. Des étudiants continuent à vadrouiller avec des porte-documents à «la recherche, sans trop de conviction, de n’importe quel boulot», nous dit un jeune, fraichement sorti de l’université. Il ajoute qu’il vient rejoindre le «club des chômeurs, c’est à dire le groupe des anciens qui ont terminé avant moi». Ils sont là du matin au soir à s’échanger des nouvelles sur d’éventuels concours en vue. Ils ont tous passé l’examen de recrutement des enseignants et attendent. Cependant, leur espoir de trouver du travail s’amenuise de jour en jour. Certains comme Rachid, biologiste de formation, ne se donnent plus la peine de chercher, sachant que «même s’il y a un poste quelque part, il sera pris, comme toujours, avant que je n’y postule». Distillés au compte gouttes, les seuls emplois auxquels peut aspirer l’armada de jeunes chômeurs qui peuplent la ville de Aïn El Hammam, demeurent ceux proposés par l’ANEM, dans le cadre de l’emploi des jeunes. Ce qui ne résout nullement leur problème s’ils doivent y pointer éternellement sans aucune chance d’accéder à un travail durable. Il ne reste alors que le bâtiment destiné normalement aux «sans niveau». «Autant mourir de faim si je dois me reconvertir en manœuvre après tant d’années d’études», nous confie un jeune d’une trentaine d’années. Avant de tenter l’émigration clandestine, ils demandent un visa d’études que n’ «obtiennent que les plus chanceux, et pas forcément les meilleurs», estime un jeune qui ne voit pas encore le bout du tunnel, après plusieurs demandes. La dernière solution est de suivre le chemin de ceux qui les ont précédés vers l’Europe. Émigrer avec un visa touristique «quitte à l’acheter» semble faire partie des projets de ces désespérés. L’exemple de centaines de leurs camarades qui se sont installés en France, après de longues années de clandestinité ou après un mariage mixte, donne du courage et fait des émules. Quant à l’asile politique, il est, dans la conjoncture sécuritaire actuelle, difficile à réaliser.
A. O. T.

