Akbou À la veille du mois de Ramadhan – Les bourses à rude épreuve

Les achats frénétiques ont commencé une semaine avant le mois sacré, souvent synonyme de consommation irraisonnée.

Les ménages algériens se ruent sur les grandes surfaces, supérettes et marchés hebdomadaires pour remplir leurs cadis à ras bord. Les pères de famille n’hésitent pas à brûler la chandelle par les deux bouts, quitte à se vider les poches, mais pourvu que sa fringale subite soit assoupie. Nous avons pris la destination de la ville du piton durant ces trois derniers jours d’avant le Ramadhan, où un fourmillement inhabituel des gens affairés à remplir leurs paniers de toutes sortes de produits, était constatable. Dans une grande surface connue des Akbouciens, un monde fou s’agite autour des différents rayons où sont étalés les produits de large consommation. Des fardeaux de limonades, des pâtes, diouls, fromage, thon, farine, confiture, beurre,… la liste des achats n’en finit pas. Pratiquement, chaque personne est munie d’un panier ou d’un cadi qui se garnit en un clin d’œil. «C’est le début du mois sacré alors on ne se prive pas de satisfaire nos lubies gastriques», ironise un père de famille. Cet ancien Souk-El-Fellah, racheté par un homme d’affaires de la région, est relooké d’un design moderne de manière à ce que le consommateur soit appâté par la gamme de choix qui lui est offerte. Au portillon de cette grande surface, un espace bien achalandé est dédié rien que pour les épices. Ce rayon ne désemplit pas de monde, notamment la gent féminine humant à volonté les différentes saveurs des épices. Des femmes venues s’approvisionner en toutes sortes d’épices donnant du goût aux plats algériens. Les familles n’hésitent pas à mettre la main dans le portefeuille pour s’offrir une variété d’épices, entre autres du cumin, du poivron, de la cannelle, rass-el-hanout, curcuma, safran,… Nous nous sommes déplacés à la lisière de la ville d’Akbou, au lieu-dit Souk N’yizan comme il est appelé par les habitants locaux, où se tient le marché hebdomadaire, devenu presque quotidien. Même scène qu’en centre-ville, car le marché des fruits et légumes grouille de monde, qui se bouscule pour se procurer certains produits incontournables au mois de carême. La mercuriale parait un tant soit peu clémente, car bon nombre de produits n’ont pas connu une flambée des prix à même de dissuader l’appétit des consommateurs. Toutefois, des vendeurs à la sauvette proposent, eux aussi, une gamme d’herbes accompagnant les principaux plats, tels que la chorba. Du persil, de la coriandre, du thym, de la menthe, du basilic,… sont proposés en bottes pour une somme de 25 à 30 dinars. Au demeurant, beaucoup de ménages sont pris dans un vortex de dépenses, souvent inutiles. La gabegie atteint son paroxysme en ce mois de jeûne, où des millions de baguettes de pains sont jetés sans vergogne, sans compter d’autres victuailles qui rejoignent eux aussi les poubelles. Une rationalisation des dépenses et une consommation modérée devraient être de rigueur afin d’alléger le fardeau des dépenses qui ne cessent de se gonfler au fil des mois. Les dépenses frénétiques des ménages donnent une image d’une aisance fictive, car la réalité des choses est toute autre que celle renvoyée par ces familles.

Bachir Djaider