Akli Chabane, maire d’Aït Aïssa Mimoun – «L’insécurité gangrène notre localité»

Dans cet entretien, le maire d’Aït Aïssa Mimoun, élu MEN avant de passer au FLN, fait le tour de l’actualité dans sa municipalité et dresse un bilan partiel de son équipe à la tête de l’APC. Il annonce déjà sa candidature à sa propre succession en 2017. « Car j’ai des projets à mener à terme », explique-t-il.

La Dépêche de Kabylie : la coordination des comités de villages de votre commune a remis au wali, lors de son passage dans la localité une plate-forme «des besoins vitaux». Pouvons-nous avoir plus de détail ?

M. Akli Chabane : Le problème récurrent dans notre localité est celui qui a trait à l’approvisionnement en eau. Notre commune a toujours soif. Même en période hivernale. L’eau ne coule du robinet qu’une fois tous les 10 jours. Et ce n’est pas le raccordement qui fait défaut. Nous avons fait tout le nécessaire. Mais malheureusement, nous continuons à être alimentés par l’ancienne conduite, c’est-à-dire à partir des forages d’Oued Sebaou, ce qui influe négativement sur le débit de ce précieux liquide. Justement, j’interpelle les autorités concernées afin de se pencher davantage sur ce problème et projeter, par ricochet, un raccordement au barrage de Takessabt, dans les plus brefs délais. La situation devient de plus en plus insupportable.

Il y a aussi le problème de l’insécurité qui touche même les établissements scolaires et les alentours. Plusieurs fois des grèves ont été déclenchées par les lycéens pour dénoncer le phénomène…

Ce phénomène de l’insécurité gangrène gravement notre localité. Avec les fléaux sociaux qui apparaissent ces dernières années dans la région, les conditions de sécurité sont en dégradation alarmante et inquiétante. Nous espérons que l’ouverture de la prochaine brigade de gendarmerie, sise dans la zone des activités de Tala Athmane, prendra ses fonctions le plus rapidement possible pour pallier à ce problème qui touche pratiquement toutes les bourgades. De ce fait, la région sera sécurisée une fois pour toutes et notre localité retrouvera la quiétude d’autrefois.

La plate-forme de revendication soulève, aussi, le problème du raccordement au gaz naturel et à l’électricité. C’est quoi, au juste, le problème ?

Tous les foyers de notre commune devraient être branchés au gaz naturel. L’Etat nous a accordé le budget pour cela. Mais malheureusement, les entrepreneurs chargés des réalisations font défaut et leur travail laisse à désirer. De cette manière, ils prennent d’autres travaux en otage. En effet, le bitumage des routes est conditionné par le raccordement au gaz naturel. La seule entreprise qui a honoré ses engagements, c’est bien l’entreprise Mekki qui mérite, de ma part, une médaille de distinction et j’invite les autres entreprises à prendre exemple de son sérieux. Pour l’électrification rurale, nous venons justement de rentrer du terrain où nous avons recensé quelques omissions par rapport à cette opération. Nous allons faire tout notre possible pour convaincre les services concernés de les rajouter. Nous avons deux sites : l’un à Oumlil et l’autre à Igounane n Ameur. Il y a aussi des avis d’appel d’offres pour les villages Ikhelouiène et Saharij et deux autres sites à Akaoudj. Mais, il reste encore d’autres sites à électrifier, comme Tadalout, Lekehali et 2 à 3 autres quartiers. Nous ferons tout pour satisfaire les doléances de nos concitoyens et leur permettre de vivre dans de meilleures conditions.

Des grèves cycliques ont été déclenchées ces derniers mois au niveau des structures de la santé de votre commune. Y a-t-il eu une suite à leurs revendications ?

En ce qui concerne la santé je dirai que c’est le parent pauvre de la localité. Nous avons une polyclinique qui est un bijou du côté structural, mais le côté personnel et équipement ne répond pas aux besoins de la région. De ce fait, la structure enregistre un manque terrible sur ces plans, ce qui influe négativement sur son fonctionnement. D’ailleurs, ces manques figuraient parmi les revendications des travailleurs de la polyclinique lors des grèves cycliques qu’ils ont enclenchées ces derniers temps. On ne demande qu’une polyclinique digne de ce nom. Et c’est le cas aussi de nos dispensaires qui n’ont de la santé que le nom. Ces structures sont dépourvues du minimum vital. Il n’y a même d’infirmier ! Alors le matériel, n’en parlons même pas ! Les services concernés sont donc interpellés.

Qu’en est-il du secteur d’éducation et de l’environnement ?

Côté éducation, nous nous penchons sérieusement sur les besoins. Nous avons amélioré le repas scolaire en augmentant les subventions allouées aux établissements et nous avons réalisé plusieurs opérations de réfections et d’entretien. Tous les établissements sont chauffés en hiver. Donc, ce secteur se porte à merveille. Maintenant le côté environnemental, tout le monde est concerné. On fait de notre mieux en attendant l’implication active des citoyens. Concernant l’aménagement urbain, nous vivons une situation catastrophique et désolante : l’éclairage public est défaillant, s’ajoute à cela l’inexistence des trottoirs. Nous avons interpellé à maintes reprises les services concernés, mais il n’y a jamais eu de suite à nos doléances. Je pense qu’il est urgent et nécessaire de diligenter une commission d’enquête pour faire toute la lumière sur l’aménagement urbain ici à Aït Aissa Mimoun. En ce qui concerne les routes, je dirai que nous sommes vraiment gâtés. Sur ce point, rien à dire. D’ailleurs, c’était le premier objectif que je m’étais fixé dès mon installation à la tête de cette municipalité. Actuellement, la majorité des routes sont élargies et goudronnées. Je citerai comme exemple, le chemin intercommunal Tadalout – IghilBouchène sur une distance de 12 kms. Avant, il était vraiment étroit au point où deux voitures ne pouvaient même se croiser. Nous l’avons élargi à plus de huit mètres, fait les d’accotement, en attendant le tapis incessamment. Je citerai également les 5 kms de revêtement au village Akaoudj. Donc, je dirai aux citoyens d’Akaoudj de patienter un peu. Ces travaux sont conditionnés par le raccordement au gaz naturel. Côté télécommunication, nous avons trois postes : Akaoudj, Tala Ililal et IghilBouchène. Pour Akaoudj, c’est ok, elle a été refaite et rouverte récemment. Mais pour les deux autres, ce n’est malheureusement pas encore le cas. Pour la fibre optique, et en attendant sa généralisation aux autres villages, il n’y a que le chef-lieu qui dispose de ce service actuellement. Il y aussi le secteur de la jeunesse. Nous avons pu arracher un stade communal, il est à 30% de taux de réalisation. Dans le précédent PCD, nous avons voté un budget pour l’aménagement de 3 aires de jeux dans les localités de IghilBouchène, Igounan n Ameur et Akaoudj.

Et le chapitre logements ?

Je parlerai des logements sociaux et de l’habitat rural. Certes, nous avons une centaine de logements sociaux à distribuer dans les prochains jours, et une centaine en construction. Mais, vu le nombre de demandeurs qui dépasse le millier, ça reste très en-deçà des besoins. Et pourtant, le problème du foncier ne devrait pas se poser dans cette commune : nous disposons d’assiettes qui peuvent être mises à la disposition de plusieurs projets. Idem pour l’habitat rural.

La commune n’a bénéficié d’aucun quota depuis plus une année.

Votre mairie est visiblement épargnée des fermetures et de la colère des citoyens…

Oui et je touche du bois. Notre mairie, Dieu merci, n’a pas de gros problèmes de gestion, parce que nous répondons présent aux revendications de nos concitoyens qui cherchent du concret. Sur ce point, nous sommes vraiment à l’aise. Nous avons honoré tous nos engagements. En d’autres termes, le citoyen a confiance en nous et nous ferons tout pour que ça dure tout au long de ce mandat. Je les remercie du fond du cœur pour cette confiance placée en nous. Nous avons opté pour une gestion de proximité nous sommes tout le temps et partout avec le citoyen. Tout ça m’encourage à aller de l’avant et donner le meilleur de moi-même. Et le mérite revient aussi à l’ensemble des travailleurs de l’APC.

Vous serez donc candidat à votre propre succession ?

Oui, je me porterai candidat parce que j’ai des projets à terminer si je suis élu.

On vous laisse conclure…

Juste avant le dernier mot, je tiens à signaler que, pour ce mois de Ramadhan, nous avons touché pratiquement tous les nécessiteux. Nous avons distribué plus de 400 couffins. Je voulais soulever au passage le problème d’autorisation rencontré par l’association culturelle ‘’Ouktâan’’ d’Akaoudj. Cette association voudrait activer et organiser des activités au niveau de l’école pour donner un peu de vie aux soirées ramadhanèsques, mais malheureusement la direction de l’éducation n’a pas voulu leur délivrer la décision d’organisation, arguant qu’une instruction ministériel interdit toute utilisation de l’école à des fins culturels et autres, en dehors du cadre éducatif… Or, cette association a l’habitude d’activer dans cet établissement. Ce qui est vraiment regrettable et frustrant pour les citoyens. La raison aurait voulu qu’une exception soit accordée pour ce mois de carême. Les moyens de divertissement en ville ne sont pas les mêmes que dans les villages. Et les gens ne peuvent pas se permettre de se déplacer en ville en famille, chaque soir. Alors, j’attends un geste de la part du directeur de l’éducation en accordant une autorisation exceptionnelle à cette association.

Entretien réalisé par Hocine Moula