La production littéraire en langue amazighe continue de s’étoffer, grâce à de nombreux jeunes et moins jeunes auteurs qui œuvrent à promouvoir la langue berbère et à la faire connaître à travers le territoire et même hors des frontières du pays. C’est le cas de Rabehi Nassima, épouse Yahiaoui, qui vient d’éditer son premier recueil de poésie intitulé «Amud n tmedyazt n temnadt n Buzeggan» aux Editions El Amel. Nassima a beaucoup côtoyé les femmes du village de Bouzeguène qui lui ont confié leurs préoccupations. Plusieurs thèmes sont traités tout au long de ce recueil de 93 pages, renfermant 68 poèmes touchant tous les domaines de la vie, notamment la condition féminine dans la région de Bouzeguène, sa région natale. Cette condition ne peut être détachée de ses problèmes liés par exemple à l’amour, sentiment qu’elle traite dans son poème «Si je n’étais pas pudique» page 37. Elle nous confiera que ce recueil lui a demandé de nombreux mois de travail et de réflexion. «Si je n’étais pas pudique / Je me serais rendue seule au marché de Lekhmis/ Accompagnée de mon bien aimé / A la chevelure sous les sourcils / Celle qui serait avec lui mariée / Oublierait l’existence de l’ange Azraïn !», pourrait-on traduire l’un de ses poèmes. Etant donné que la région n’a pas de ressources propres à elle pour se développer et sortir du sous développement, la précarité gagne du terrain et les fléaux sociaux réoccupent les espaces. La misère est racontée en page 24 : «Je voudrais me confesser à un ruisseau / Un ruisseau qui garderait mes secrets / Je prie Dieu qu’il fasse / Et que je dorme un jour sans soucis !». Cette misère est précédée, pour l’auteure, de la malchance qu’elle déclame en page 15 : «Le jour où ma chance est passée / J’étais à Imoughlawen/ Les femmes moissonnaient le blé/ Moi, je ramassais du bois/ Chères amies, je n’ai pas de chance/ Je suis vouée à toutes les peines !». La séparation est quelque fois subie, sans que les véritables raisons ne soient comprises, en page 53 : «J’ai le cœur, chère maman / Suspendu telle une grappe de raisin / Je croyais vivre encore / Avec celui que j’aimais / Finalement, on s’est quitté / Sans qu’on le sache vraiment !». Il est à souligner que la région a enduré les affres de l’occupation coloniale et a enfanté de grands maquisards tels le colonel Mohand Ouhadj. Le flambeau de la révolution passe de père en fils et de mère en fille dans cette région qui était crainte du colonialiste, si bien qu’il tirait et bombardait dans tous les côtés sans cible précise ! «Le jour où j’ai pris le maquis / Mes parents étaient contre / Chère mère, je me rendrai / A la montagne d’Ath Ziki/ Si je survis, je reviendrai / Si je meurs, prends soin de mon fils !». Le côté religieux n’est pas omis par cette femme auteure et elle le dit dans son poème en page 74 : «Ô mon Dieu, ceux que Tu aimes / Prient et T’évoquent dans les mosquées / Ils pensent à leurs morts/ Sachant ce que Tu leur réserves / Ceux que la vie a leurrés / Paissent et dorment comme des bœufs !».
Arous Touil
Biographie
Rabehi Nassima, épouse Yahiaoui, est née le 15 Juin 1967 à Alger. Elle est originaire du village El Korne relevant de la commune de Bouzeguène, wilaya de Tizi-Ouzou. Elle est issue d’une famille nombreuse et mère de trois enfants. Elle allie sa professionnelle de puéricultrice, dans une clinique à Tizi-Ouzou, et l’écriture. Elle s’intéressa à la poésie, à la littérature, à la musique et à tous les arts traditionnels de la culture kabyle alors qu’elle était encore collégienne. Elle fut attirée, dès son jeune âge, par le conte, les proverbes et la poésie kabyles. Elle a trois projets déjà en tête : un recueil de contes kabyles, un recueil de poésie ancienne et un roman en langue amazighe.

