Un village, un site et une sainte

Le village de la sainte Lala Khadidja Ivalvaren est niché non pas au pied du majestueux sommet de Djurdjura qui porte le nom de cette sainte mais à ce que l’on peut décrire comme étant le versant sud de la deuxième plus haute montagne d’Algérie (2308 mètres) après le Hoggar. Premier village du Arch Amchedal détruit par l’armée coloniale (octobre 1957), une période où le programme de regroupement des populations dans les célèbres camps de concentration n’était pas encore enclenché. Par ce fait, les Ivalvaren se sont retrouves éparpillés à travers tous les autres villages non encore touchés par le funeste programme de « mise en détention collective » dans ces camps sommairement aménagés qui ne différent en rien des « enclos » de parcage de bétails à un seul détail près : celui de trois clôtures de fils barbelés qu’entourent ces camps dont la troisième est toujours électrifiée. Scindé en deux (Ivalvaren Ouffella et Ivalvaren Bouada), ce village, pendant plusieurs années, a tenu la dragée haute à Massu et Bigeard où le seul contact avec les forces ennemies est le pilonnage quotidien au mortier, l’artillerie lourde soutenue par des déluges de bombes lâchées par les avions de chasse de la non moins sinistre « Huitième armée » et les sanguinaires du corps expéditionnaire dit « Chasseurs alpins » les Ivalvaren ont été de ce fait les premiers « réfugiés » de la région parmi ceux qui ont échappé aux massacres perpétrés par l’armée coloniale. Il n’ont eu la vie sauve que grâce à la solidarité agissante du reste de la population d’Imcheddalen, lesquels leur ont ouvert leurs portes et ont partagé avec eux gite et couvert cédant au sentiment fraternel ayant prévalu pendant tout le temps qu’a duré la Guerre de Libération. Ce village a payé un lourd tribut pour son engagement corps et âme dans la lutte armée. Ses meilleurs fils tombérent au champ d’honneur. A Ivelvaren se trouve la sœur jumelle de Thala Guilef en occurrence « Thala Rana ». Cette source, qui reçoit des milliers d’estivants autochtones et étrangers, est par un incroyable phénomène naturel chaude en hiver et glacée en été. Entourée des derniers spécimens de pins noirs, « Inguel », l’important débit de cette source a de servi plus d’un siècle et demi, trois localités (Saharidj, Ath Ivrahim, Maillot). Convoitée par les Colons, on raconte que vers 1870, la première tentative de captage et de canalisation de cette source par les Français a fait l’objet d’une farouche opposition d’Ivalvaren d’où la célèbre expression d’une veuve révoltée et soulignant la position de son fils unique : « Yegoul Kaci Our Thudir Thala ». Ce n’est que bien plus tard et usant de force, en utilisant les troupes armées, que les colons de Maillot ont pu réaliser la canalisation. Le panorama paradisiaque et l’eau miraculeuse de Tala Rana ont fait de ces lieux miraculeux, un site touristique naturel qui a servi de PC aux moudjahidine et de tribunal où tous les litiges de la population ont été traités et solutionnés ; le verdict de ce tribunal est exécutoire sur le champ et sans appel, nous apprend t-on. Non loin de Tala Rana, on retrouve le sanctuaire de la sainte Lala Khadidja au lieu dit « Vouhrev » où personne n’est en mesure de nous expliquer l’origine du dicton « Oulac S’hour Dhi Vouhrev ». Ce sanctuaire reçoit chaque année des centaines de pèlerins et même pendant les fêtes religieuses. Avant l’avènement du terrorisme, cet endroit ne désemplissait pas de jour comme de nuit. Les offrandes en nature (viande, semoule, huile) sont transformées en plats de couscous garnis pour les visiteurs. Les croyances populaires locales prètent des pouvoirs souvent fantaisistes dont la réputation a franchi les frontières de la région.

Omar Soualah