La sardine à 800 dinars à Aïn El-Hammam

S’il est affiché aux alentours de six cents dinars, durant les autres jours de la semaine, le kilogramme de sardine, dont le menu du vendredi ne peut s’en passer, atteint le weekend, des prix jamais égalés à Ain El Hammam. A 800 dinars, il y a quelques jours, les clients ne se bousculaient pas, se contentant d’attendre comme d’habitude une baisse des prix, au fil des heures. Dire que «Les leçons de choses» de notre époque nous avaient appris que la viande peut être remplacée par les œufs et le poisson» nous lance un ancien de la vieille école, scandalisé par le prix atteint par le poisson. «L’inverse n’est pas loin» rétorque un autre. Se doutant que ses prix n’allaient pas drainer la grande foule, le vendeur avait pris la précaution de ne mettre en vente que quelques caisses. Sans retenue, il exhibait sa marchandise «fraîche», pour appâter les passants qui fuyaient devant les prix affichés qui ne sont plus loin de ceux de la viande de veau que les badauds ont vite fait de comparer avec les produits de la mer. Ils sont unanimes à préférer «un kilo de viande à 900 dinars». «Je ne vais pas mourir si je ne mange pas de sardine, aujourd’hui», insiste un sexagénaire qui donne libre cours à sa colère avec force commentaires, sur le poisson qui «meurt de vieillesse» ou encore sur ces pêcheurs qui «vendent le produit de leur pêche en haute mer». Comme beaucoup d’autres clients qui nous font part de leur courroux, Hamid, un habitué du point de vente du poisson, nous aborde : «j’aime beaucoup la sardine mais à ce prix je devrais apprendre à m’en passer, ne serait-ce que par principe. » Dix heures passées, il fallait liquider la marchandise «au prix sacrifié» de 500 dinars, mais toujours loin des petites bourses qui ne savent plus où trouver les produits protéiniques. Les œufs ne tarderont pas à dépasser les quatre cents dinars le plateau de trente unités alors que le poulet les a dépassés depuis bien longtemps. Avec les prix des fruits et légumes qui se sont stabilisés à des seuils jamais atteints auparavant, les démunis qui ont déjà perdu le goût des viandes, n’avaient plus que leurs yeux pour «admirer» la banane ou la nectarine. Maintenant, ils vont devoir faire de même avec le poisson.

A. O. T.