Hammam K’sana Malgré un rush important de curistes – Les eaux thermales n’apaisent pas les tensions

La politique du gouvernement en matière d’investissement a beau exhorter l’administration à faciliter la création de projets créateurs d’emploi, il n’en demeure pas moins que la bureaucratie freine toutes les tentatives et initiatives visant l’épanouissement de l’économie nationale.

C’est le cas pour le complexe thermal Faraksen qui se heurte quotidiennement aux entraves administratives malgré les assurances et les instructions du premier magistrat de la wilaya qui demeurent sans impact.

L’anarchie en guise de bienvenue

Aux abords de ce hammam, la première impression est que le lieu n’est pas très accueillant en cette matinée d’avant-hier jeudi. Les places de stationnements sont improvisées sur le pont enjambant Oued K’sana ainsi que sur un autre petit parking en terre battue situé à une centaine de mètres du complexe. À peine garé un gaillard interpelle d’un ton bourru les visiteurs : «50 DA payable d’avance !», lance-t-il aux automobilistes en guise de bienvenue. L’ambiance détonne immédiatement de l’idée d’un séjour accueillant en ce lieu familial. En empruntant l’accès donnant au complexe, le visiteur sera étonné de voir une braderie à ciel ouvert où sont vendus pêle-mêle, des tongs en plastiques, des serviettes de bain, des produits à base d’herbe médicinale, des œufs durs, du poulet rôti, des objets d’artisanat provenant d’autres pays, etc. Une vraie foire d’empoigne et pour cause, l’endroit où sont installés ces jeunes n’appartient pas au complexe, d’où cette anarchie régnante et les odeurs fétides embaumant ce lieu. Dans le hall du complexe, l’ambiance y est tout autre, et le personnel accueille agréablement les visiteurs éprouvés par le voyage et leurs premières impressions en descendant de leurs véhicules. M. Adjoudj Aissa, un des responsables de ce complexe, nous recevra dans son bureau pour nous faire un bref exposé sur l’historique de cette infrastructure.

Un complexe en pleine sudation

En 2008, le complexe thermal a connu une ouverture partielle avec l’exploitation des bains et la restauration. Au départ, l’intention des promoteurs de ce projet était d’implanter 03 unités, une médicale, une autre d’hébergement et enfin une troisième réservée aux bains. Toutefois, les autorités locales n’auraient pas été réceptives, selon M. Adjoudj. «En 2010, nous avons dû arrêter les travaux car un propriétaire terrien a fait valoir un acte de propriété sur notre concession. Après moult démarches administratives, le wali de l’époque et même l’ex-ministre du Tourisme ont demandé l’annulation de cet acte. Annulation qui traîne d’ailleurs à ce jour !», déplore M. Adjoudj. En novembre 2015 pourtant, l’actuel wali, M. Maâskri, a ordonné la mise en place d’une commission présidée par la direction du tourisme, du commerce, des domaines… pour effectuer une enquête sur cet imbroglio administratif et régulariser la situation. D’autant plus qu’entre temps, la direction du complexe avait demandé un permis de construire pour achever la section hébergement, mais à ce jour, aucune réponse, selon notre hôte. «Nous pouvons ouvrir l’hébergement dans deux mois si toutes les entraves sont levées, et cela permettra d’accueillir davantage de clients et parfaire la réputation de hammam K’sana», affirme le gérant.

L’informel veut sa part

Les commerces informels activant devant l’entrée de ce complexe sont, eux aussi, sujets à controverse, selon le gérant rencontré. Cette poignée de commerçants a été délogée par la force publique mais ils sont revenus aussitôt. D’ailleurs, ces intervenants dans l’informel ont été jusqu’à bloquer la route menant vers le hammam pour exiger le départ des investisseurs. En 2014, le complexe thermal a dû fermer ses portes durant 22 jours à cause des jeunes protestataires qui voulaient chasser les promoteurs du complexe. «Si toutes les entraves administratives sont levées, le complexe qui emploie actuellement 36 employés et deux masseurs pourrait tripler son effectif et devenir opérationnel 24h/24.

Mais pour cela, il faudrait que les autorités locales fassent preuve de bonnes volontés en nous délivrant le permis de construire, en annulant l’acte de possession d’une tierce personne prétendant détenir le terrain adjacent et surtout en mettant un terme au commerce informel qui entoure le site du hammam», estime M. Adjoudj. Ce dernier affirme, par ailleurs, que plus de 300 plaintes ont été déposées auprès de la brigade de gendarmerie d’El-Hachimia pour dénoncer les exactions commises en ces lieux.

Des eaux aux vertus multiples

Coincée entre une falaise abrupte, le lit de l’oued K’sana et le CW97, l’infrastructure du complexe Faraksen s’étend sur près de 11 000 m2, alors qu’au départ, la demande des promoteurs était de bénéficier d’une concession de 46 000 m2 pour y implanter les trois structures. Toutefois, la structure principale a été dimensionnée selon le débit de la source qui est actuellement de 08 litres à la seconde en cette période estivale où les signes de sécheresse se font ressentir. Actuellement, le complexe dispose de 65 bains doubles, 02 bains collectifs (01 pour hommes et 01 pour femmes) avec de l’eau courante. Prochainement, deux bains de vapeurs seront mis en service ainsi que les bains spéciaux conçus à base d’argile traitée. Les visiteurs pourront bénéficier ainsi de séances de thalassothérapie et de soins pour éliminer les toxines du corps. Les eaux du hammam K’sana atteignent les 92° à leurs émergences pour descendre à 65° dans les bains. Une température qui fait de ces eaux les deuxièmes plus chaudes en Algérie sur les 200 sources thermales recensées à l’échelle nationale. Les bienfaits des eaux de hammam K’sana ne sont plus à démontrer et de nombreux témoignages affluent des quatre coins du pays, et même de l’étranger. Ainsi, on apprendra qu’une dame originaire de Belgique qui se déplaçait avec des béquilles depuis plusieurs années est ressortie du hammam en marchant sans l’aide de ses cannes. Récemment encore, le cas d’une jeune fille originaire d’Ath Mendes, wilaya de Tizi-Ouzou, a illustré les vertus des eaux de K’sana. Cette jeune fille souffrant vraisemblablement d’un trouble psychoaffectif était devenue muette. Ses parents l’ayant emmené en France pour se soigner ont dû se résoudre à accepter l’état de leur enfant, car les médecins avait diagnostiqué des séquelles irréversibles. Tentant le tout pour le tout, c’est à Hammam K’sana que la jeune fille a recouvré l’usage de la parole après près de deux heures dans les eaux thermales. Plusieurs cas de miraculés circulent ainsi sur les réseaux sociaux à propos des propriétés bienfaitrices et réparatrices des eaux de K’sana.

Des Anglais intéressés par les thermes de K’sana

Les britanniques s’intéressent sérieusement pour envoyer leurs curistes en Algérie, et plus précisément à Hammam K’sana. C’est la proposition qui a été faite par une anglaise, gérante d’une agence de voyage à Londres, qui tient absolument à faire découvrir les thermes de K’sana auprès de sa clientèle. Toutefois et en l’état des choses, l’hébergement ne pouvant être assuré sur place, cette proposition devra attendre que l’administration règle le litige et délivre le permis de construire pour aménager les 18 chambres et les deux suites devant servir à accueillir les curistes. Actuellement, M. Adjoudj avoue que son établissement reçoit une moyenne de 1 200 clients par jour et que 70% de cette clientèle provient du versant nord du Djurdjura, essentiellement de la wilaya de Tizi-Ouzou. «C’est un plaisir que de voir de vieilles femmes kabyles habillées en foudha affluer vers ces lieux et nous donner des bénédictions. C’est le plus beau des remerciements que l’on peut recevoir», déclare le responsable.

Le complexe sans eau potable !

Un comble pour une station thermale que de ne pas bénéficier du réseau AEP et c’est pourtant le cas de hammam K’sana. Un château d’eau surplombe le site sur lequel est implanté le complexe thermal, et des canalisations passent à quelques encablures de cette structure reliée au réseau, nous explique M. Adjoudj.

«L’APC d’El Hachimia n’aurait pas honoré certaines factures et l’ADE aurait tout simplement procédé à la coupure de l’alimentation en AEP de ce tronçon. De ce fait, nous sommes contraints d’acheminer de l’eau à raison de 1 500 DA la citerne de 3000 litres, et ce, à partir du village d’Ahl Reguab», désapprouve le gérant de ce complexe. «Qu’on nous laisse travailler et que l’on cesse de nous mettre des bâtons dans les roues. Nous demandons une attention particulière des autorités afin que nous, promoteurs, puissions atteindre notre but et objectifs communs. Nous pouvons contribuer avec nos impôts et avec la main d’œuvre locale à l’épanouissement économique de toute la commune, mais aussi de toute la wilaya, pour peu que l’administration exécute les instructions ministérielles ainsi que les décisions du wali pour faciliter l’investissement», demande-t-il.

Hafidh Bessaoudi