A la veille de la rentrée scolaire, les jeunes universitaires de l’association Assirem ont invité l’un des plus illustres pédagogues de l’Algérie contemporaine, M. Ahmed Tessa, pour animer une conférence autour du thème » L’école algérienne entre modernité et archaïsme ». Ce grand pédagogue est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le système éducatif et sur la pédagogie. Le dernier en date a pour titre «L’impossible éradication : l’enseignement du français en Algérie», paru aux éditions Barzakh et préfacé par Amine Zaoui. La conférence a drainé un large public, constitué d’étudiants, d’enseignants et de parents d’élèves, à la bibliothèque communale, hier samedi. Le conférencier a d’emblée averti les présents qu’il était venu discuter avec eux, les écouter et échanger avec eux des idées et non pour prononcer un discours. En pédagogue éclairé il commencera néanmoins par expliquer ces deux concepts: modernité et archaïsme. «La modernisation de l’école algérienne, c’est-à-dire en faire une école tournée vers le savoir, la liberté de s’exprimer et de penser, d’agir et de réfléchir, est celle que tous les Algériens ont dans leur esprit et dans le cœur. En revanche, l’école des wahabites, archaïque, est tournée vers les ténèbres. L’école moderne est inscrite dans tous les textes de la République algérienne. Donc, nous ne voulons pas de cette école archaïque, parce qu’elle n’est pas la nôtre», tonnera-t-il. Cet ex-normalien, natif d’Azeffoun en Kabylie maritime, ne mâchera pas ses mots en déclarant qu’actuellement deux projets d’école s’affrontent dans notre pays. «Les wahabites, grâce à tous les moyens dont ils disposent, ont relevé la tête, après avoir échoué à imposer leur projet de société par la force. Aujourd’hui, ils ne sont pas seulement contre les mesures prises par l’actuelle équipe du ministère de l’Education nationale, mais leur objectif est de faire passer leur projet à travers les programmes et les manuels scolaires comme ils ont réussi à le faire depuis le début des années 80. Ce ne sont pas les Thawabites (Constantes nationales) qui les intéressent, mais c’est surtout la suppression de la langue française de la société algérienne. Mais alors, ont-ils dit un mot sur l’Amazighité et les racines millénaires de ce pays?», constatera-t-il. Pourtant, concernant les manuels scolaires, rappellera-t-il, l’ONU a envoyé une directive à tous les pays arabes notamment maghrébins de supprimer tous les textes qui appellent à la violence, au djihad et à la non-reconnaissance des autres religions. «Mais, là aussi, le mérite revient au roi du Maroc qui a installé en avril dernier une commission chargée de « laver » plus de trois cents manuels scolaires de ces textes haineux et d’introduire l’enseignement de la langue française dès les premières années de l’école primaire.
L’appel à la société !
Il faudra lui reconnaître cet effort et ce courage», rapportera-t-il devant l’assistance. Partisan de l’école moderne, M. Ahmed Tessa appellera de cette tribune la société algérienne à s’impliquer, à s’organiser et à défendre cette école. Le conférencier apportera de nombreux éclairages sur le wahabisme qu’il ne confondra pas avec l’arabisme et le baâthisme. «Le wahabisme est une idéologie qui a des tentacules dans notre pays. On lui a laissé champ libre pendant des années. Il est temps de soutenir toutes les mesures qui sont prises pour faire avancer l’école algérienne et la soustraire à toutes les idéologies», avertira-t-il avec force. L’intervenant reconnaîtra que les mesures décidées par le ministère de l’Education nationale sont le fruit des recommandations des conférences nationales tenues en 2014 et 2015 et du constat fait au sujet de la réforme du système éducatif de 2003. «Lorsque vous entendez ces voix qui s’élèvent contre la modernisation de l’école algérienne sous prétexte que la langue arabe et l’islam sont menacés, ne les croyez pas, car entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font il y a un grand fossé. L’islam et l’arabe ne sont pas menacés. Au contraire, ils sont assurés par de nombreux textes. Ce n’est qu’une diversion parce que ces wahabites ne veulent pas lâcher le système éducatif. Au début des années 90 et au début des années 2000, ils n’ont rien réclamé d’autre à part le portefeuille du ministère de l’Education. Heureusement, ils n’ont pas eu la chance de l’occuper, mais, tout de même, ils ont pu injecter leur idéologie dans les programmes et dans les manuels scolaires», expliquera-t-il au public. Au terme de cette conférence, un large débat a été ouvert. M. Tessa répondra à des questions pertinentes telles celles ayant trait aux ruptures linguistique et culturelle entre la société et l’école, en faisant aussi la part des choses entres les concepts de wahabisme et de baâthisme. Ahmed Tessa animera ensuite une séance de dédicace de certains de ses ouvrages, entre autres « Pour une éthique éducative au service des élèves » et « L’impossible éradication : l’enseignement du Français en Algérie ». Deux ouvrages à lire et à comprendre.
Amar Ouramdane
