Un vibrant hommage a été rendu au militant anarchiste, Mohand Ameziane Saïl, qui aura passé une partie de sa vie à lutter pour faire germer ses idées libertaires, antimilitaristes et pacifistes.
Le village Taourirth dans la commune de Tibane n’a pas oublié l’un des siens en lui rendant l’un des hommages les plus élogieux. Ce faisant, l’association socioculturelle Taddart-iw, chapeautée par l’infatigable Ameziane Hadjab a donné avant-hier, un rendez-vous avec l’Histoire en mettant en exergue le parcours et la vie de Dda Mohand. Placée sous le signe «un homme, une histoire et un parcours», la bibliothèque communale de Tibane a abrité le chapelet d’activités initiées à l’occasion, dont une exposition de coupures de presse, de photos et de documents retraçant la vie et l’œuvre du militant anarchiste originaire de la région des Ath Waghlis. L’événement a drainé une pléthore d’hommes de lettres, journalistes, artistes, militants politiques et associatifs, syndicalistes, historiens… le tout venu faire part de leurs témoignages sur l’enfant terrible de Taourirt. Durant toute la journée commémorative, le public, notamment les personnes pourvues d’une culture générale, mais aussi avides du savoir, étaient au rendez-vous avec l’histoire en étant amené à feuilleter des pages du parcours du militant anarcho-syndicaliste et précurseur de l’idée de la lutte armée pour l’indépendance de l’Algérie, décédé à Bobigny à l’âge de 59 ans (1894-1953. )
Djamil Aiassani, président de l’association Gehimab, Saddek Akrour, ex-maire de Barbacha et militant de gauche, la nièce du regretté Mohand Ameziane Sail…ces figures emblématiques ont tenu vivement à remercier les membres de l’association susvisée, organisatrice de la journée commémorative, et en premier lieu son président Hadjab Ameziane. Dans le même ordre d’idées, les intervenants à la table ronde ont axé leur intervention sur l’engagement infaillible du militant anarchiste Mohand Ameziane Sail tout en mettant sous la lumière la participation de ce dernier dans de nombreuses actions menées au travers de nombreux pays comme l’Espagne. «Le vide culturel criant sévit de plus belle dans notre région comme dans le reste du pays. Il développe surtout l’ignorance au point où un grand nombre d’Algériens ignorent leur histoire, voire leurs origines, notamment certains Kabyles. Quand on sait que ces derniers de plus en plus nombreux embrassent des us et coutumes qui leurs sont étrangères, tel que le salafisme entre autres. Il ne faut pas avoir peur de le dénoncer, voire le combattre. Voilà un phénomène dangereux qui limite nos libertés et menace notre existence même. Aujourd’hui grâce à vous, les membres du comité du village de Taourirt ATh Ahmed Ouamar, vous nous faites découvrir l’un des nôtres, une référence, un homme d’une grande dimension en l’occurrence feu Da Mohand Ameziane Sail» commenta un enfant de la région venu assister à la cérémonie. Mohand Ameziane Sail fut et reste l’une des personnes ayant mené une vie consacrée au combat noble et aux idées fertiles. Le manifeste auquel s’est rangé cet anarchiste n’est aucunement un manifeste ronflant, car le bulletin idéologique auquel s’est joint l’enfant de Taourirt dégage une doctrine, une attitude et une position infrangibles. La prise de conscience dudit militant anarchiste ne s’est pas faite sur le tard, d’autant plus que Mohand Ameziane Sail s’est vite imprégné par les idées anarchistes auxquelles il n’a de cesse réclamer à cor et à cri son appartenance. Le 6 septembre 1932, Saïl Mohamed écrivait au Semeur, le journal d’A. Barbé : «[… ] pendant près de quatre ans, en temps de guerre, je fus insoumis puis déserteur. » Sail avait été en 1923 le secrétaire du groupe de Livry-Gargan de l’Union anarchiste (UA) et avait animé avec Kiouane le Comité d’action pour la défense des indigènes algériens fondé par la Fédération anarchiste de la région parisienne. En 1925 il était en Algérie où au printemps il fut détenu une dizaine de jours pour avoir critiqué « le régime des marabouts » dans un café en Kabylie. Il collaborait à cette époque au journal des anarchistes algériens Le flambeau (Alger, 1923-1926) où il fut l’auteur d’articles, voire de pamphlets, dénonçant le colonialisme et le code de l’indigénat. Collaborateur en 1930 du Libertaire où il signait «un anarchiste kabyle», il mena une campagne contre la célébration du centenaire de la colonisation de l’Algérie qu’il qualifiait de «mascarade du centenaire».
Gérant de l’Éveil social (Aulnay, 29 numéros, janvier 1932-mai 1934), qui fusionna avec Terre libre en mai 1934, il fut poursuivi pour incitation de militaires à la désobéissance. En 1934 il fonda le groupe anarchiste des indigènes algériens et devint le responsable de l’édition pour l’Afrique du Nord du journal Terre libre. Arrêté fin mars 1934 à Saint-Ouen par la police qui saisissait quelques grenades et pistolets, «souvenirs de la dernière guerre» selon le Comité de Défense sociale, il fut condamné à un mois de prison ; à l’expiration de sa peine, il fut maintenu en détention dans l’attente d’un jugement pour détention d’armes de guerre. Le Che kabyle s’est éteint en avril 1953, laissant derrière lui un immense héritage serti de mille et une histoires. Ce grand homme de l’histoire mérite plus d’intérêt et une meilleure lecture de ses œuvres pour que les générations actuelles et futures puissent découvrir et redécouvrir Mohand Ameziane Sail.
Bachir Djaider

