Béjaïa Le résistant Boubeghla (1820-1854) – Un héro oublié

Dans son livre De Cirta à Alger, l’écrivain historien Slimane Bahloul met particulièrement en relief le patriotisme, le courge et les hauts faits d’armes du résistant au colonialisme français, Mohamed Ben Abdellah, dit Boubeghla (1820-1854), s’appuyant sur «l’Histoire de Chérif Boubeghla» de l’écrivain français Robin édité en 1884, cité par l’auteur.

C’est à l’âge de 25 ans que Boubeghla décide de rassembler quelques volontaires de sa région natale, qui est El Ataf près de Ain Defla, et d’aller combattre l’ennemi aux côtés de l’Emir Abdelkader qui le reçoit avec tous les honneurs dus à sa bravoure et son patriotisme. Mais malheureusement après deux années de combats acharnés contre l’envahisseur en tant que lieutenant de l’Emir, les choses prirent une tournure que n’attendait pas Boubaghala. L’Emir, voyant ses forces affaiblies, décide de se rendre à l’armée française. Mais le jeune Boubeghla refuse de capituler. Cette décision héroïque de continuer seul la guerre, du fait de la capitulation de son supérieur est particulièrement mise en évidence dans le livre de Slimane Bahloul. Après un séjour dans les montagnes de l’Ouarsenis où il recruta un certain nombre de volontaires à poursuivre le combat, il apprit que la résistance n’a pas cessé en Kabylie. Il décida alors de s’y rendre pour continuer le djihad. À son arrivée au douar de Béni M’likech où sa réputation et celle de sa mule, qui possédait, disait-on, le don du Dieu tout puissant de sentir l’ennemi à des kilomètres à la ronde, l’avaient précédé les habitants de toute la région lui réservèrent, au cours d’une djemaa, un accueil qui l’enchanta au plus haut point. Pour la guerre sainte contre les mécréants, on lui recruta des jeunes volontaires à qui il donna une formation militaire identique à celle qu’il avait lui-même reçue de l’Emir Abdelkader. Il commença la guerre avec l’aide des mokadems des zaouïas de la région de la Petite et de la Grande Kabylie. Ainsi, parmi les nombreux combats qu’il mena et qu’il remporta sur l’ennemi, il est loisible de citer entre autres celui du 10 mars 1851 contre l’Azib Ben Ali Chrif, patron de la zaouïa de Chellata près d’Akbou et qui est l’un des traitres au service des colonialistes français.

Sa tombe «totalement anonyme recouverte d’herbes sauvages»

Ne l’ayant pas trouvé il saccagea tous ses biens et se retira dans le douar de Béni M’likech. Le 19 mars de la même année, il revint pour liquider physiquement le traitre, mais comme il ne le trouva pas, il fit cependant un important butin qui consista en quelque 300 bœufs et 2000 à 3000 moutons qui furent mis à la disposition des moudjahidin. Ben Ali Chrif s’en fut plaint au Gouvernement général d’Alger. Ce dernier vint au secours de son protégé en envoyant des troupes de Sour El-Ghozlane construire un fort sur les hauteurs d’Ath-Vouali près du village de Béni-Mansour. Une compagnie militaire y fut installée comme poste de surveillance de toute la région de l’Oued Sahel. Dans la nuit du 5 au 6 avril 1851, Boubaghla fit ses préparatifs et partit au petit matin vers le fort militaire d’Ath-Vouali à Béni-Mansour. Il progressait lentement et avec précautions quand, brusquement, près du village, sa mule s’arrêta net et refusa d’avancer. Elle battit le sol de ses sabots et commença à reculer. Boubaghla mit pied à terre, intima l’ordre à ses troupes de se tenir prêtes à toute éventualité. Une troupe française tomba dans l’embuscade et fut entièrement décimée. Les moudjahidine récupérèrent les armes et les munitions et se retirèrent vers les montagnes. Cette victoire accrut la célébrité des moudjahidin et de la fameuse mule. Boubaghla reçut l’enrôlement de plusieurs volontaires venus de toutes les régions du Djurdjura. Mais deux années plus tard, au cours d’un combat qui eut lieu à Ath Djenad, Boubaghla reçut une balle à l’œil gauche. Les compagnons le crurent mort, mais il ne fut que blessé. Il reçut les premiers soins sur place, puis on le transporta au village le plus proche où un guérisseur qui soigne avec des plantes fut appelé de Béni Yenni. Après un séjour dans ce dernier village où il fut encore emmené et grâce aux soins du guérisseur, il recouvra enfin sa bonne santé et sa bonne humeur. Quant aux circonstances de la mort du héro, qui eut lieu le 27 décembre 1884, l’auteur de «Cirta à Alger» souligne qu’il les tient d’un témoin qui lui-même les tient de son grand-père qui, ce jour-là gardait une paire de bœufs non loin du village de Thavoudha, au lieu-dit Voudhar. Ayant entendu des coups de feu, il attacha ses bœufs à un arbre et descendit vers le lieu du combat. Quand il arriva sur place, le combat avait cessé mais il y trouva plusieurs personnes mortes et parmi elles, le corps sans tête de Boubaghla. La dépouille du héro fut transportée au village de Rodha où elle fut enterrée. Aujourd’hui, cette tombe totalement anonyme est couverte d’herbes sauvages. «Boubaghla ne mérite-t-il pas une stèle digne se son héroïsme ?», semble s’interroger Slimane Bahloul.

B. Mouhoub