Étant donné que la France est désignée comme pays invité d’honneur de la 8e édition du Festival international du théâtre de Béjaïa, ceci a donné l’occasion de célébrer les grands dramaturges français. L’Ambassade de France en Algérie ainsi que l’Institut Français d’Algérie ont sélectionné dans leur programme du lundi, l’un des grands chefs d’œuvre de la dramaturgie française «Mémoires d’un fou». Présenté dans la petite salle du TRB, le spectacle a suscité une présence en masse des adeptes de la dramaturgie en générale et française en particulier. Dans un décor constitué de feuilles qui couvrent la scène, d’une table et d’une chaise, William Mesguich, comédien français, metteur en scène et directeur du théâtre de l’Etreinte, interprète les «Mémoires d’un fou», l’un des ouvrages majeurs du grand écrivain réaliste du 19e siècle qu’est Gustave Flaubert. En effet, le spectacle est une transposition du roman de jeunesse de Flaubert qu’il a écrit à l’âge de 17 ans et dans lequel il a tenté de mêler les deux genres littéraires qui sont la biographie et les mémoires. C’est aussi une réflexion sur la difficulté à peindre le réel à travers le langage. Toutes ces difficultés ont été bien représentées par le comédien Mesguich qui a réussi à entraîner le public dans un tourbillon de «folie» opposant cette notion à l’absurdité de la vie et à la bêtise humaine. À travers son talent, qui pourrait être expliqué par le fait qu’il soit le digne héritier du célèbre metteur en scène français Daniel Mesguich, le fils a fait preuve d’une extraordinaire performance d’artiste en représentant le personnage de Flaubert et en incarnant cette folie de manière à en faire toucher le public. À travers ce spectacle, William Mesguich, seul sur scène, représente les angoisses de son personnage «Gustave» à travers ses années au collège, mais aussi à l’auberge en Picardie où il fait connaissance de sa première passion pour Maria dont il était épris et qui le marqua à tout jamais. Cependant, le comédien a pu toucher plusieurs thèmes de la vie dont les différentes conceptions de l’amour à travers l’existence de l’être humain et la relation entre l’art et le commerce. Sur ce dernier sujet, l’auteur arrive à un fait que «l’esprit est plus gourmand que l’estomac». Le personnage, étourdi sur scène, tente de trouver à chaque fois les mots, les phrases mais surtout les adjectifs qui lui permettront de transcrire sa pensé et c’est là qu’il arrive à constater que «écrire c’est escamoter la vie». Le spectacle constitue aussi une réflexion sur la création littéraire, sur la perception du passé, du présent et du futur par l’être-humain. Pour Gustave, sa vie ne s’inscrit ni dans la douleur du passé, ni dans la «cage» du présent, ni encore plus dans l’incertitude du futur mais plutôt dans sa pensé, «ma vie c’est ma pensée», dira-t-il. Le public émerveillé par la performance du comédien a beaucoup aimé et applaudi la représentation qui a réussi à l’emballer dans la folie et les réflexions du personnage.
M. S.
