De son vrai nom Boussad Ben Makhlouf, le poète et musicien Nurimas parle dans cet entretien de ses deux albums mis sur le marché et de l’apport de la poésie à la littérature.
La Dépêche de Kabylie : Avant de parler de vos deux albums, parlons de votre nom d’artiste, que signifie Nurimas ?
Boussad Ben Makhlouf : Ce nom n’existait pas. Je l’ai créé moi-même. Je le considère comme une inspiration, une poésie, avec laquelle on veut passer un message. Donc, c’est un mot composé de deux noms Nour et Mass (Lumière et Monsieur). Mon vrai nom est Ben Makhlouf Boussad, originaire d’Aïn El Hammam.
Comment êtes vous venu à la poésie ?
J’ai toujours eu un penchant pour la poésie. J’aime bien me distraire, si j’ose dire, avec les poèmes que des vieux de notre village déclamaient souvent à Tajmaât. J’ai été aussi un grand fan des anciens artistes. Leur chant est composé de superbe poésie. Eux, également, puisaient dans la poésie ancienne. Je citerai comme exemple Lounis Aït Menguellet qui a enregistré sa première cassette avec des poèmes de Si Mohand Ou Mhand. Donc, chaque génération lègue sa culture en général à une autre. On ne commence pas du néant. Par cette occasion justement, je tiens à rendre un vibrant hommage à nos précurseurs qui nous ont tracé la voie. Voilà j’ai été bercé dans ce contexte et par la suite je composais moi-même mes vers.
Peut-être avez-vous une préférence de style dans la poésie. De quel poète vous vous êtes inspiré le plus ?
J’aime bien la poésie de Si Mohand Ou Mhand. Je me suis inspiré de son style. J’adore la rime de ses poèmes, même si j’ai un grand respect pour d’autres styles. Depuis, je compose de beaux poèmes que j’ai voulu partager avec les gens. Je donne une très grande importance pour mes mots. Si je ne suis pas satisfait de mon travail, je le laisse tomber. Mais quand je compose quelque chose de bien, je me sens tout heureux.
Parlons du contenu de vos deux albums ?
Dans un poème de ces deux CD, on trouve un dialogue de poésie qui traite du conflit intergénérationnel entre de personnes de différentes générations. Bien sûr un vieux et un jeune de la nouvelle génération. En effet, pour défendre le bien fondé des idées anciennes, le vieux utilisait, dans ses arguments, des poèmes et des adages pour convaincre le jeune. Une manière de crédibiliser son dialogue et surtout de transmettre des proverbes qui véhiculent des valeurs et des idées de nos aïeux qui sont, malheureusement, en voie de disparition. J’essaie, également, de dégager de ma poésie des poèmes qui peuvent être transposés en proverbes. À mon avis, c’est le rôle primordial de la poésie. Pour revenir à la thématique de ces deux albums, j’ai traité plusieurs sujets, mais pas forcement ce que je ressens. Le poète doit être le miroir de la société, un intermédiaire et un mégaphone populaire pour exprimer tout haut ce que les gens pensent tout bas, comme on dit. Donc, on trouve des poèmes d’amour, de la vie en générale, de l’espoir, de l’opportunisme, de la tolérance, la religion de notre société, entre autres… Donc, j’essaie de me mettre à la place des autres pour exprimer leurs sentiments à ma manière. Je voulais aussi transmettre, à travers mes poèmes, un message de fraternité entre les gens, d’un vivre-ensemble qui commence à déserter notre société à cause de la haine qui la gangrène ces derniers temps. Voilà grosso modo.
Vous avez introduit une certaine nouveauté dans vos deux albums. Pouvez-vous nous parler de cet apport ?
Effectivement, j’ai introduit de la musique dans mes poèmes. Pourquoi ? Parce qu’il y a de la poésie pour le chant et une autre qui est juste une poésie. Si on prend la poésie de Si Mohand Ou Mhand, elle n’a pas besoin de musique proprement dite. Elle est déjà une belle musique avec ses rimes, sa composition et ses mots. Une poésie bien rythmée qui n’a pas besoin, forcement, d’une autre musique. Je dirai cela parce que dès fois, lorsqu’on ajoute une musique à la poésie de Si Mohand Ou Mhand par exemple, on affecte négativement la beauté des vers. Dans mon cas, et n’étant pas du calibre de Si Mohand Ou Mhand, j’essaie d’apporter un plus à mes poèmes en les agrémentant de belles musiques. Une cohabitation entre les mots et les notes de musiques. Pour ma part, je voulais attirer l’attention des gens par une belle musique pour qu’ils puissent écouter ma poésie. Une invitation indirecte à écouter mes mots par l’intermédiaire des notes musicales. En plus, mes compositions musicales sont du genre sentimental qui accompagne chaque texte de mes poèmes. Un genre bien estimé chez nous. Et puis, je suis un guitariste et amateur de cette belle musique chantée par Idir, Si Moh, Brahim Tayeb et tant d’autres, mais aussi des chanteurs étrangers. Donc, je me suis inspiré d’eux pour composer mes musiques en faisant une petite recherche dans le domaine.
Est-ce qu’il y a des chanteurs qui vous ont sollicité pour chanter vos poèmes ?
Oui, il y a plusieurs chanteurs qui m’ont contacté à ce sujet. À chaque occasion culturelle où je déclamais mes poèmes, des artistes venaient me parler de l’intérêt qu’ils portent à ma poésie. Donc, j’ai plusieurs projets à l’avenir avec des chanteurs, mais sans citer de noms pour l’instant. C’est à eux de le faire au moment opportun. Et puis, il y a d’autres qui m’ont demandé, carrément, de leur composer des poèmes sur tel ou tel sujet; Chose qui m’a honoré et m’a encouragé à aller de l’avant dans ce que j’entreprends.
On vous laisse conclure…
La poésie a une place prépondérante dans la sauvegarde de la littérature en particulier et dans notre culture en générale. Notre ancienne poésie est d’une valeur inestimable et capitale. Jadis, on disait que l’homme vaut ce que vaut sa parole (Argaz d awal !). Nonobstant que la poésie était à une certaine époque un moyen très efficace dans le règlement des conflits entre les personnes, entre les villages et même entre les confédérations kabyles. Youcef Oukaci est toujours présent dans la mémoire collective de notre société. J’espère qu’on fasse, un jour, un travail collectif avec mes amis poètes. Pourquoi pas une opéra ou une pièce théâtrale qui mettra au devant de la scène notre culture. Merci au journal la Dépêche de Kabylie qui m’a ouvert grandement ses portes.
Entretien réalisé par Hocine Moula

