Point d'ordre – Tamazight langue officielle, un an déjà

S. Ait Hamouda

La langue amazighe a été consacrée par la Constitution langue officielle, il y a une année. Tamazight, langue, histoire, identité et culture de tous les Algériens a été adoptée par l’Algérie aux côtés de l’arabe, laquelle est comprise comme langue officielle de l’Etat. Il n’en demeure pas moins que les parlers berbères sont disparates, nombreux et diversifiés. “L’Académie, qui s’appuie sur les travaux des experts, est chargée de réunir les conditions de promotion de Tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle”, devrait, en termes de standardisation de ces locutions, normaliser la langue et en faire un outil de travail et d’apprentissage efficace. L’officialisation du tamazight a été saluée, en son temps, par le Haut commissariat à l’amazighité, un organisme officiel chargé depuis 1995 de la promotion de la langue berbère, suite à une «grève du cartable» d’un an en Kabylie. Cependant, cette institution n’a joué le rôle qui lui a été attribué par l’Etat, qu’en partie. Elle avait des attributions discrétionnaires qu’elle n’a jamais fait prévaloir. L’enseignement de cette langue était au départ optionnel, il l’est toujours et elle n’est enseignée que dans quelques wilayas, pas dans toute l’Algérie. En termes de réalisations culturelles, il y a loin de la coupe aux lèvres, que ce soit sur le plan théâtral ou cinématographique. La langue tamazight n’a pas répondu aux attentes des locuteurs de toutes les régions où elle est parlée. A part des productions qui se comptent sur les doigts d’une seule main, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous les yeux. A l’aune éditoriale non plus, sauf quelques romans et des poèmes édités à compte d’auteur, il n’y a pas, non plus, de quoi fouetter un chat. La chanson est la seule qui tire son épingle du jeu, vu l’origine orale de ces parlers et de son succès auprès des populations berbérophones. Entendu que le seul journal qui réserve, depuis longtemps, quatre pages en tamazight, est La Dépêche de Kabylie. On en a vu des titres en tamazight naître et disparaître aussitôt. Il va sans dire que son officialisation mettra du temps à être en place dans l’attente de son uniformisation et d’un consensus sur sa transcription, objet de vives controverses entre les partisans des caractères berbères (authenticité), latins (universalité) ou arabes (islamité). Ceci dit, il reste que la consécration de tamazight, langue nationale et officielle, est un acquis de taille, on doit s’en contenter quoiqu’il advienne, en souhaitant la promouvoir au rang qu’elle mérite.

S. A. H.