Mouloud Mammeri le vigile impénitent…

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S. Ait Hamouda

Mouloud Mammeri ou Da L’Mouloud, c’est selon la distance, l’intimité, la familiarité, la complicité qu’on lui voue, était ethnologue, anthropologue -et c’est lui qui libéra cette dernière discipline de ces connotations coloniales-, linguiste, romancier, dramaturge, poète. C’est beaucoup ou pas assez. Il reste aux magouilleurs de dire Mouloud Mammeri à l’aune où il se sentait étranger du ghetto «sécurisant mais assurément stérilisant», de la solitude dans la foule de populace qui l’adorait du bout des lèvres et qui n’avait point parcouru ne serait-ce qu’un de ses livres. C’est vrai, Da L’Mouloud a irrigué de ses connaissances, de sa science, de sa sensibilité la culture amazighe. En 1980, il a usé de son droit de réponse à un article calomnieux d’un journaliste de l’époque, Kamel Belkacem. Il lui a répondu avec son calme, sa force de persuasion et sa pondération proverbiale : «Nous sommes cependant quelques-uns à penser que la poésie kabyle est tout simplement une poésie algérienne, dont les Kabyles n’ont pas la propriété exclusive, qu’elle appartient au contraire à tous les Algériens, tout comme la poésie d’autres poètes algériens anciens, comme Ben Mseyyeb, Ben Triki, Ben Sahla, Lakhdar Ben Khlouf, fait partie de notre commun patrimoine.» Certes, Mammeri a été pour nous jeunes de l’époque l’éclaireur, l’artisan de notre prise de conscience culturelle. Il a été le mentor sans trop le vouloir, le professeur qui enseignait après Si Saïd Boulifa, la langue de tous les Algériens. Il était présent à tous les séminaires, à tous les colloques, à tous les symposiums auxquels il montrait la beauté de cette langue, de cette culture, de l’histoire de ces populations. Il a compris qu’Hannibal utilisait le punique pour conduire ses troupes à travers les Alpes, que Saint Augustin disait en latin sa cité de Dieu et qu’Ibn Khaldun présentait ses prolégomènes en arabe et cela ne les empêchait pas d’être amazighs et de défendre leur amazighité. C’est quelque part grâce à cet enfant de Taourirt Mimoun (Ath Yenni) qu’aujourd’hui cette langue a fini par s’imposer, contre vents et marées, comme langue nationale et puis officielle de l’Algérie. Et ce n’est qu’un début, c’est un long chantier qui demande à plusieurs générations de la parfaire et de la rendre accessible à tous. Mouloud Mammeri est parti le 6 février 1999 dans un accident de voiture à Ain Defla, il dort depuis du sommeil du juste à Taourirt Mimoun.

S. A. H.

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