Comme à l’accoutumée, à l’approche de la saison printanière, les prix des légumes entament une ascension pour atteindre des sommets inaccessibles aux petites et moyennes bourses. Au niveau des marchés des fruits et légumes de la région notamment dans les daïras de Bechloul et de M’Chedallah, la pomme de terre est affichée entre 50 à 55 Da, l’oignon sec à 80 Da, la carotte à 100 Da, le piment vert et la tomate à 120 Da, les pois verts à 120 DA, l’artichaut à 100 DA et enfin le chou-fleur à 100 DA. Cela pour ne citer que ces matières de large consommation qui se sont mises de nouveau hors de portée des bourses de la majorité des citoyens. Durant cette période appelée de soudure, il y a souvent une pénurie de produits agricoles car certaines récoltes sont déjà arrivées à terme et d’autres ne sont pas encore entamées. D’où cette flambée brutale des prix des légumes. Ceci dit, ce n’est pas seulement la pénurie qui engendre la flambée des produits agricoles, la spéculation en est aussi pour quelque chose. Dans la vallée du Sahel, et devant cette flambée des prix des légumes, beaucoup de foyers recourent aux produits de Dame nature qui offre en cette période toute une variété d’herbes comestibles dont elle garnit le moindre espace comme un tapis vert. En effet, une fois de plus, nous assistons à une spectaculaire ruée sur les herbes comestibles notamment la carde sauvage (Thaghediouth), les champignons (iverchetcha) les asperges (Isequimen), les coquelicots (djehvoudh), les pissenlits (tiffaf) à travers l’ensemble des régions des daïras de M’Chedallah et Bechloul. En cette période, femmes et enfants prennent le chemin des champs à la recherche des herbes comestibles destinées à garnir les marmites et remplacer les légumes dont les prix ont entamé une vertigineuse ascension qui ne semblent pas vouloir s’arrêter y compris ceux de saison. Ainsi et tôt le matin, les mères de familles accompagnées de leurs enfants non scolarisés se rendent dans les champs, équipées de sacs, couffins, binettes ou couteaux pour cueillir ces herbes et rentrer pour la préparation du déjeuner. La corvée de la cueillette des asperges et champignons est confiée aux enfants qui doivent aller les chercher dans les sous-bois et même dans la forêt à la recherche d’un champ d’asperges et de champignons qui poussent dans des endroits humides en bordure des ravins et ruisseaux non ensoleillés. Pendant ce temps, les femmes s’attellent à déraciner la carde sauvage et à cueillir les grains non encore éclos des coquelicots, ces derniers servant à la préparation de l’un des plus anciens plats traditionnels «Ameqfoul n’djehvudh». Un plat qui est un mélange à quantités égales de couscous roulé et de coquelicots. Le plat est consommé sans sauce mais bien arrosé d’huile d’olive. Les plus aisés en rajoutent du beurre et le font accompagner d’une cruche de lait caillé. Pour les sauces, on utilise la carde sauvage mélangée à une grande quantité de poivre doux et quelques gousses d’ail. Quant aux asperges et champignons considérés comme un plat de luxe, on les prépare en sauté mélangés aux œufs brouillés auxquels la coriandre, le persil et l’ail donnent une saveur exquise. Les femmes, une fois la quantité suffisante cueillie, se regroupent et s’assoient en demi-cercle pour débarrasser la carde sauvage de ses pétales et ne garder que les tiges tendres. Il est fréquent de voir aussi des hommes s’acquitter eux-mêmes de cette corvée de cueillette d’herbes sauvages comestibles. Cette ruée sans précédant sur les herbes sauvages renseigne sur une certaine précarité sociale inquiétante et une chute vertigineuse du pouvoir d’achat et du niveau de vie.
Oulaid Soualah
