Malgré une flotte sans cesse grandissante et de nombreuses lignes attribuées au profit des transporteurs privés, le secteur connaît toujours des lacunes, notamment en matière de régularité et d’hygiène dans les transports publics. M. Khoualdia Ahmed, directeur des transports de la wilaya de Bouira, dévoile la politique de son secteur pour améliorer les prestations de services.
La Dépêche de Kabylie : Pensez-vous que le transport public de voyageurs à travers la wilaya de Bouira est assez étoffé sur l’ensemble des lignes ?
Khoualdia Ahmed : Au niveau de la wilaya de Bouira le transport public terrestre est assuré par des transporteurs majoritairement privés. Nous avons 33 lignes inter wilayas pour lesquelles activent 296 transporteurs avec une flotte estimée à 357 véhicules. Nous disposons également de 52 lignes locales entre les différentes villes de la wilaya de Bouira avec 943 transporteurs et 1 080 véhicules. De même, 60 lignes rurales permettent d’assurer les dessertes entre communes et villages avec 585 transporteurs disposant d’un parc de 618 véhicules. Rien que pour le transport urbain, nous avons 13 lignes sur lesquelles activent103 transporteurs avec 133 véhicules. Je peux vous assurer en ces termes que les lignes principales sont suffisamment couvertes. Le problème que l’on rencontre c’est que certains de ces transporteurs, lorsque leurs véhicules tombent en panne ou lorsqu’ils les vendent, ils ne déclarent pas cette absence à la direction du transport et qu’ils n’assurent plus la desserte en question. De ce fait, les usagers se retrouvent parfois confrontés à des problèmes pour voyager, notamment aux heures de pointe. Pour cela, nous effectuons des sorties périodiques avec nos inspecteurs pour faire un point de situation afin de savoir qui est en panne ou qui a vendu son véhicule sans prévenir la direction des transports. Et c’est pour cela que l’on se retrouve souvent avec des petites ruptures malgré le fait de disposer de beaucoup de véhicules. Pour les lignes de l’inter wilaya, le même problème se pose. Nous enregistrons fréquemment un manque de transport, notamment durant les matinées de samedi et dimanche ainsi que pour les retours en fin de semaine dans les autres wilayas. Toutefois en cours de semaine, nous n’avons pas de réel problème de moyens de transports et la flotte existante couvre suffisamment les besoins en la matière. De même pour le périmètre urbain où nous avons uniquement la ville de Bouira et sa proche banlieue. Les lignes sont suffisamment couvertes avec des bus qui sillonnent les nouvelles cités qui voient le jour et pour lesquelles on doit assurer le transport. On enregistre à notre niveau des demandes de transporteurs et nous allons prochainement les injecter sur ces nouvelles lignes à l’instar des 56 logements qui se trouvent à la périphérie de la ville.
Au chef-lieu de wilaya, le transport public est décrit comme anarchique et les arrêts se font un peu n’importe comment et à des endroits qui ne s’y prêtent pas…
En ville, nous déplorons l’absence de l’ameublement urbain qui fait défaut (les abribus, les plaques d’arrêts de bus, les bancs). Autant de carences qui sont enregistrées et dont la mission revient à l’APC. Le manque d’abribus et de plaques gênent énormément l’exploitation du réseau urbain. Il y a des transporteurs qui ne savent pas ou s’arrêter, d’autres s’arrêtent n’importe où. Les usagers attendent parfois dans des endroits où les bus ne s’arrêtent pas et si un bus marque un arrêt, cela crée de l’encombrement. De ce fait, la fonction du transport urbain ne s’effectue pas tel qu’on le souhaite à la direction des transports, alors que nous avons un plan de transport urbain aménagé et étudié où il est recensé tous les points d’arrêts de chaque ligne et ce programme a été envoyé à la commune. Il s’agit d’un programme élaboré par une commission avec les services de la sûreté, de l’APC, des transports et les représentants des transporteurs. Il aurait été judicieux que les services de la commune prennent en considération ce programme pour aménager des abrisbus, bancs et plaques de signalisation. Là nous constatons qu’il s’agit d’une faute imputable à l’APC, surtout au niveau de la ville de Bouira, qui par manque de budget peut être, n’a pas pu réaliser ces choses pourtant essentielles au bon fonctionnement du transport urbain. D’ailleurs, pour ces lignes internes, je souligne que l’entreprise de transport urbain et suburbain (ETUSB) créée en 2011, dispose actuellement de 20 véhicules et couvre cinq lignes avec la ville de Bouira de Thamer à Nessis qui sont deux localités suburbaines. On ne peut pas élargir cette zone suburbaine car les transporteurs privés cherchent davantage la rentabilité plus que le service public. Ce sont des quartiers suburbains et leur activité n’est pas assurée à longueur de journée, car les gens se déplacent beaucoup plus le matin et ensuite il y a une baisse de l’activité jusqu’au soir, au moment où les usagers rentrent chez eux.
Certaines localités semblent désertées par les transporteurs. Que prévoit la direction des transports dans ce cas de figure ?
Nous sanctionnons systématiquement les contrevenants qui n’ont pas prévenu la direction des transports. Certains de ces transporteurs font fi de la réglementation avec laquelle ils prennent leurs aises. Ils arrêtent leurs activités avant 16h pour des raisons personnelles et ils n’ont pas cette notion du service public. Ils savent que le transport doit être disponible chaque jour et ne devrait pas arguer le fait que le vendredi ou tel jour férié ils ont le droit de prendre les usagers en otage. Le transport public doit être assuré de 6h du matin jusqu’à 22h. Nos inspecteurs sont à cheval et ils veillent à ce que le service public soit respecté. Lorsqu’on s’aperçoit de l’absence d’un transporteur on le convoque. Il y a une commission de wilaya qui le sanctionne selon la réglementation et nous en avons sanctionné plusieurs à plusieurs reprises. Les inspecteurs dressent leurs PV et la commission statue librement. Les sanctions vont de la suspension de la ligne d’une semaine jusqu’à 45 jours et lorsque les contrevenants récidivent c’est le retrait définitif de la ligne, car ils ne l’exploitent pas de manière régulière et il s’agit d’une infraction. Le transport c’est la régularité et l’on ne badine pas avec cela.
L’état de certains véhicules est plus que déplorable avec, notamment, l’absence d’hygiène…
Il s’agit là d’un problème national. Ces transporteurs peu scrupuleux n’investissent pas dans le confort, il faudrait que leurs parcs soient renouvelés régulièrement. Lors de la sortie sur le terrain de nos inspecteurs, ou même parfois des policiers dressent des PV sur l’état du véhicule et les gérants de lignes passent devant la commission et sont passibles de sanctions.
Les taxis semblent aussi avoir déserté le territoire de la wilaya, hormis le chef-lieu où ils sont visibles…
Des licences de taxi sont disponibles dans toutes les communes, car un taxi est rattaché à une licence. Il y a des communes où toutes les licences sont exploitées. Ici à Bouira, au chef-lieu de wilaya, à Sour El Ghozlane et autres grandes daïras, les licences sont toutes en service. Avec cette licence, les chauffeurs de taxi assurent des dessertes de Bouira vers d’autres wilayas, soit vers le chef-lieu de la wilaya et les stations de taxi sont connues. Dans certaines communes, ce type de transport n’est pas très prisé et rares sont les usagers à en avoir recours et les licences sont inexploitées. Nous allons créer d’ailleurs d’autres points d’arrêts de taxis comme convenu lors de la dernière réunion de la commission des transports, à proximité de l’hôpital Mohamed Boudiaf, dans les nouvelles cités du chef-lieu et autres endroits fréquentés en ville, où l’espace permet ce genre d’aménagement. Il faut savoir que 1 770 licences de taxi existent au niveau de la wilaya, et seulement 850 sont exploitées et 920 inexploitées. Nous avons également deux sociétés de taxis. Le minimum exigé pour ces sociétés est de disposer d’au moins 10 véhicules et ce n’est pas soumis à une licence de taxi. Cela permet, par ailleurs, d’offrir 10 postes de travail pour les chauffeurs. Depuis 2002, pour que quelqu’un deviennent chauffeur de taxi, il lui faut faire une formation assurée par le centre national d’enseignement professionnel à distance (CNEPD).
Pouvez-vous nous parler du réseau et du trafic ferroviaires ?
Le réseau de chemin de fer traverse la wilaya de Bouira sur un itinéraire de 100 kilomètres, en passant par Lakhdaria, Kadiria, Aomar, Ath Laâziz, Bouira, El-Esnam, Bechloul, El-Adjiba, Ahnif, Ath Mansour et Toghza (Chorfa). Nous avons sept gares ferroviaires à Lakhdaria, Kadiria, Aomar, Bouira, El-Esnam, El-Adjiba et Ahnif et nous avons aussi des haltes à Oued Djemaâ, du côté d’Ath Laâziz, Bechloul, Taourirt et Toghza. Les gares d’Aomar, d’Oued Djemaâ et Ahnif sont actuellement fermées mais elles vont rouvrir avec la formation des chefs de gare qui sont en cours et qui seront affectés incessamment. Pour Bouira, le trafic ferroviaire connait essentiellement des trains de passage en provenance de l’Est et de l’Ouest du pays. Nous avons, cependant, un train de voyageurs qui démarre de Bouira à 5h30 à destination d’Alger et revient le soir à 16h30. Il y a un projet inscrit en étude pour la réalisation de la double voie ferrée électrique Thénia – Bordj Bou Arreridj. Son tracé n’est pas encore définitivement arrêté, mais il a été remis au goût du jour au mois de novembre dernier avec l’ODS de reprise. L’entreprise est installée et l’étude de ce tracé est relancée. Nous avons également lancé d’autres études, à l’image d’une ligne ferroviaire Bouira – Sour El Ghozlane qui doit continuer jusque dans la wilaya de M’Sila.
Entretien réalisé par Hafidh Bessaoudi

