Mardi et mercredi derniers, la conservation des forêts de Béjaïa a initié deux journées de prospection au niveau de différents sites. C’était en présence de la sous-directrice des aires protégées et des habitats naturels de la direction générale des forêts et des membres de l’association «Assirem Gouraya». Ces deux sorties, favorisées par un climat clément, ont ciblé la future réserve biosphère de Béjaïa et les Salines d’Imellahen, dans la commune de Feraoun. La forêt de Bouhatem, dans la commune de Toudja, a été la première destination. Cette forêt est peuplée de chênes et possède une biodiversité remarquable en faune et en flore. Les villageois limitrophes de cette forêt s’adonnent à l’agriculture de montagne et pratiquent toutes sortes d’élevages. Au village d’Ichekfiouen, dans la commune voisine d’El Kseur, une rencontre avec un représentant de la population a permis d’apprendre que ce village isolé et enclavé est malencontreusement classé «zone urbaine». Un classement qui ne favorise pas l’implantation de projets économiques dans la localité. Ce qui constitue «un véritable frein à tout développement» pour les villageois. Enfin, la délégation a emprunté une boucle la menant vers le littoral des communes concernées par le projet de la réserve biosphère, à savoir les plages d’Ouaddas, de Tighremt, de Saket et de Boulimat. Le lendemain, il a été procédé à la visite de la Saline du village d’Ichekaben, où une rencontre a eu lieu avec l’un des derniers saliniers des lieux, Dda Lakhdar, qui était en train de procéder à la restauration de ses retenues d’eau salée, avec un nettoyage des lieux pour les préparatifs de la récolte du sel. Dda Lakhdar a fait part de ses appréhensions quant au futur de cette saline qui a atteint un «état de dégradation avancé». Il souhaite que l’État intervienne par des mesures sérieuses pour une restauration effective de cette saline ‘’qui peut devenir un atout de développement et de tourisme à la fois’’, estime-il. Toutefois, il a été constaté dans l’entrepôt de ce salinier que la récolte du sel de l’an dernier est restée invendue à cause de la concurrence avec le sel labellisé. Au niveau des villages d’Iadnanen et d’Aït Ounir, où se trouvaient également d’autres salines, Dda L’Hocine sera présenté comme un autre salinier qui continue de perpétuer ce noble métier en voie d’extinction. Un villageois d’Iadnanen informa de l’existence d’un autre salinier, nommé Dda Abdallah, qui était «en possession d’un savoir-faire unique» dans le métier du sel. Un métier qu’il a entamé depuis son enfance, mais qu’il fut contraint d’abandonner en raison de son état de santé qui s’est détérioré. Ces journées de prospection ont été clôturées au village de Taourirt, relevant de la commune de Béni Maouche, où s’est déroulé le tournage du film «La Colline Oubliée», une adaptation du roman de Mouloud Mammeri. Cette localité, située sur une crête imprenable et stratégique, est connue historiquement comme étant le village le plus résistant à l’invasion coloniale française. A partir de ce village, l’on peut avoir des vues fantasmagoriques sur les chaînes des Bibans, du Djurdjura, des Babors, l’Akfadou et le Parc du Gouraya.
A. Gana

