Des arrestations par dizaines !

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À son troisième jour de manifestations, hier, le mouvement ElHirak du Rif ne semble pas s’essouffler.

La situation reste plus que tendue, dans cette région berbérophone marginalisée du Maroc, où plusieurs manifestations et rassemblements ont eu lieu, vendredi et samedi. Tout a commencé avec la tentative d’arrestation du leader rifain Nacer Zefzafi, accusé d’avoir «interrompu» le prêche de l’Imam lors de la prière de Vendredi dernier à la Mosquée d’El Hoceima. Le procureur d’Al Hoceima a ordonné suite à cet incident «un mandat d’arrêt», le justifiant par «l’entrave à la liberté du culte dans la mosquée», selon ce qui a été rapporté par l’agence officielle. La tentative d’arrestation qui s’en est suivie a été de suite avortée par la population rifaine qui s’est fortement solidarisée avec l’accusé. Les médias ont relevé des «heurts » entre manifestants et policiers, faisant plusieurs blessés, dont «trois dans un état grave». «Je n’ai pas peur. S’ils veulent m’arrêter, qu’ils viennent», a déclaré Zefzafi, en direct, sur les réseaux sociaux, depuis le toit de sa maison à El Hoceima, en appelant à des manifestations pacifiques. Jusqu’à l’après-midi d’hier, «Zefzafi est toujours en liberté», a-t-on appris de notre confrère d’El Watan, Djamel Alilat, qui se trouve sur place. Le bilan au troisième jour de cette protestation est, selon lui, «d’une trentaine d’arrestations et plus d’une centaine de mandats d’arrêt lancés». Les militants du mouvement «El-Hirak» ont répondu par un communiqué et ont dénoncé la «provocation des autorités». Ils revendiquent «la libération immédiate» des prisonniers et «l’arrêt des pratiques policières répressives». Notre confrère a fait part de «plusieurs appels à des manifestations et rassemblements pour la soirée d’hier et les jours qui viennent». En revanche, pour la journée d’hier, il a affirmé que «la situation était d’un calme précaire et toujours tendue». Il a précisé que plusieurs animateurs associatifs de la région, à savoir des avocats et des défenseurs des droits de l’homme, œuvrent pour la sensibilisation de l’opinion publique et la communauté internationale et pour organiser des comités de défense des détenus, «désormais une priorité».

Risque d’embrasement

Depuis le Rif marocain, des échos rapportent que «la situation risque de s’aggraver, vu que la répression du Makhzen est monté d’un cran». Dans les régions d’El Hoceima, Bouayacha, Imzouren et Daroui où la situation est plus mouvementée, on redoute même «des confrontations musclées avec la police». Pour rappel, la province d’Al-Hoceima a été, depuis le mois d’octobre dernier, le théâtre d’un mouvement de protestation sociale, après la mort d’un vendeur de poisson, Mohcine FIkri, broyé dans une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise saisie par la police. L’incident avait suscité l’indignation, à travers toute la région, prenant la forme d’un mouvement social et politique qui risque de s’étendre aux autres régions de pays. A Boujniba, Khouribga et Safi, des appels furent lancés pour des rassemblements, afin de dénoncer la situation socioéconomique, notamment le chômage et le manque d’infrastructures. «La région d’Al-Hoceima ne fait pas exception. Plusieurs autres villes manquent d’infrastructures et d’opportunités de travail pour les jeunes», ont indiqué plusieurs associations des Droits de l’Homme, selon des médias. En outre, dans les villes de Khouribga et de Boujniba, des milliers de contestataires, au chômage, ont déjà organisé une manifestation contre la «marginalisation» et la «Hogra». «Le taux de chômage y est plus important que dans d’autres villes du pays, ce qui pousse les jeunes soit à émigrer soit à exercer des activités illégales», déplore le représentant d’une association de Khouribga.

Kamela Haddoum.

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