BOUMERDÈS La mendicité, une pratique banalisée – Le phénomène prend de l’ampleur !

«Choisissez un autre coin au lieu d’envahir mon espace !». Ce fut l'ordre intimé par une jeune mendiante algérienne, dernièrement, à un migrant nigérien qui venait de s'installer à côté d’elle, face à une échoppe à Boumerdès.

«Vous êtes un homme, allez travailler !» lui a-t-elle crié encore au visage. Le migrant ne lui a guère répondu. Avec l’augmentation du nombre de ces migrants, en quête d’aumône, cette femme semble, comme d’innombrables indigents algériens, craindre d’être concurrencée en matière de mendicité. Il n’y a, pour l’heure, aucun chiffre précis des mendiants dans cette ville. Mais l’on voit bien que le nombre de quémandeurs étrangers y surpasse à présent celui des mendiants algériens. Visibles partout, ces migrants des deux sexes arpentent les ruelles des villes, où ils se trouvent. Grands et petits, tasse en plastique à la main, ils demandent de l’argent. Et dès que des âmes charitables y mettent quelques pièces, ils s’empressent de les mettre dans leur poche. La plupart des mendiants algériens ou syriens se servent d’écriteau, à l’exemple de celles précisant l’achat de médicaments ou de billet de transport vers leur région natale lointaine. Les migrants africains ne recourent pas, eux, à ce procédé. Mais à ceux qui veulent bien les écouter un seul instant, ils diront qu’ils ont «fui la misère de leur pays et qu’une grande partie des sommes quémandées sont envoyées à leurs parents». En été comme en hiver, ils déambulent, pieds nus, dans les artères de chaque quartier de l’ex-Rocher Noir ou des centres urbains environnants. Des centaines d’autres mendiantes étrangères, dont presque la moitié sont des Syriennes, se postent aussi à chaque intervalle des tronçons environnants de l’autoroute Est-ouest. À chaque instant d’encombrement, elles s’approchent, en tenant leurs «bébés», des automobilistes leur demandant l’aumône. De son côté, l’opinion publique est toujours partagée sur cette question. Les opposants soutiennent que la mendicité est un vol camouflé, un moyen utilisé par certains pour vivre au détriment d’autres. L’un de leurs exemples à Boumerdès est cette mendiante que l’un de ses amis est venu prendre en Mercedes, à la tombée de la nuit, après qu’elle eut fait l’aumône devant la mosquée. A contrario, d’autres évitent de chercher à savoir combien gagnent les mendiants des deux sexes, grands ou petits, durant la journée. «Aidons le pauvre et Dieu le Clément vous assistera», tel est le crédo de ceux-ci. Non tranchée, la question prend cependant des dimensions politiques.

Salim Haddou