À quelques jours de la fête du sacrifice et de la rentrée scolaire, les consommateurs sont assommés par la tournure que prennent les marchés.
Les prix des différents produits de consommation et des fournitures scolaires sont à la hausse et rien ne dit que le feu ne s’amplifiera pas d’ici le jour J. «C’est du jamais vu. Après une accalmie durant le mois de Ramadhan et le début de l’été, le marché a viré progressivement à la hausse. La chaleur, la venue des émigrés ont engendré une cherté sensible. Maintenant que l’Aïd s’approche, les prix flambent. Le marché prend feu ! Avec la rentrée scolaire qui vient juste après la célébration de l’Aïd, nous n’aurons plus aucun sou à dépenser, pire nous croulerons sous les dettes. Les responsables concernés sont invités à prendre les mesures nécessaires rapidement sinon la fête, la rentrée sociale et scolaire seront infernales pour nous les citoyens lambda», déplorera un fonctionnaire et père de famille de Souk El-Tenine, au sud de Tizi-Ouzou. En effet, après une virée à travers les marchés et points de vente de plusieurs localités de la wilaya de Tizi-Ouzou, le constat est affligeant, et comment puisque tous les produits sont hors de portée des bourses des ménages. La donne est compliquée pour les smicards, les handicapés, les chômeurs, les ouvriers, les fonctionnaires et les cadres moyens. «À Maâtkas, la coutume veut que chaque famille sacrifie un mouton. Avec mon salaire de fonctionnaire, je ne pourrai certainement pas m’offrir un mouton, subvenir aux besoins vestimentaires de mes trois enfants car la tradition veut aussi que les enfants soient vêtus en neuf et faire face au frais de la rentrée scolaire. Ce n’est pas avec 30 000 DA que l’on peut tout assurer», regrettera ce fonctionnaire de la daïra des Ouadhias.
Le mouton de l’Aïd à partir de 35 000 DA
Au marché à bestioles de Souk El-Tenine qui se tient tous les jeudi et lundi, c’est l’étouffement sur tous les plans. Les moutons ont envahi le marché et certains paysans en tiennent leurs bêtes sur la route et les trottoirs, ça déborde ! Mais ce n’est pas pour autant que les prix soient abordables. Lorsque le produit existe, la loi du marché indique que la baisse des prix, la loi de l’offre et de la demande l’exige. Par ici, ce n’est pas le cas. La marchandise existe, les demandeurs par centaines et les prix se maintiennent à la hausse. Une situation inexpliquée : «Il est vrai que les prix sont à la hausse, mais il faut savoir que les prix du l’aliment et du fourrage sont aussi chers. En tant que paysan, je m’occupe de mes moutons pendant pratiquement une année, aujourd’hui je ne vais pas les céder gratuitement», dira un éleveur. Du coup, les prix restent à la hausse. Le moindre agneau coûte 30 000 DA. Un mouton moyen n’est cédé qu’à partir de 45 000 DA. Les béliers culminent à plus de 70 000 DA. Un simple ouvrier ou un fonctionnaire ou même un cadre moyen ne peut certainement pas se permettre de sacrifier un mouton, à moins qu’il n’ait d’autres ressources ou de recourir à l’endettement. Pour ce qui est de la viande chez le boucher, c’est encore l’enfer. La viande os est cotée à 1 000 DA, voire 1 050 DA. Le steak est à 1 600 DA. Le foie à 1 900 DA, les merguez à 900 DA. Pour ce qui est de la viande blanche, ce n’est pas donné. Le poulet évidé est à 350 DA le kilo, l’escalope de dinde à 900 DA, les cuisses à 390 DA et les ailes à 290 DA. La viande congelée est au prix exorbitant de 1 000 DA. La viande d’agneau est à 1 500 DA et un plateau d’œufs a atteint le prix de 390 DA. Du jamais vu !
Les fruits et légumes donnent le tournis
À travers les marchés, les différents points de vente et les multiples étalages à travers plusieurs localités de la wilaya, les prix sont brulants. À Ouadhias, à titre d’exemple, c’est tout bonnement le feu. Les haricots verts sont vendus à 220 DA, les courgettes à 230 DA, la laitue à 200 DA, les piments et les poivrons sont fixés à 110 DA. La carotte, la pomme de terre et l’oignon sont affichés respectivement à 60, 55 et 40 DA. La tomate fraîche, un produit de saison, a atteint bizarrement le prix de 80 DA le kilo ! L’ail culmine à… 700 DA ! Concernant les fruits, le constat est pareil. La pastèque est cédée à 40 DA le kilo, le melon à 60 DA, les raisins sont cotés entre 140 et 200 DA, la poire et la pomme (locales) sont vendues à 200 DA. Questionné à propos de cette cherté, un vendeur répondra : «La chaleur, les fêtes de mariage, les émigrés et l’approche de l’Aïd ont fait augmenter les prix. Dans les jours à venir, nous craignons le pire. Car la spéculation bat son plein et les responsables du secteur du commerce et les agents de la surveillance de la fraude et des prix ne sont pas suffisamment présents sur le terrain». Un consommateur que nous avons rencontré au marché fustigera : «On veut simplement nous affamer. Cette fête qui s’approche s’annonce budgétivore et Dieu sait que nous n’avons pas les moyens pour satisfaire les besoins de nos familles et dessiner le sourire sur les lèvres de nos enfants. Les commerçants et les responsables concernés doivent éteindre ce feu qui va finir par nous consumer».
Les vêtements, des prix qui… «déshabillent»
Les pères de famille appréhendent d’entrer dans un magasin de vêtements, car ils savent ce qui les attend. Leurs économies ne suffiront pas à coup sûr. Les parents qui ont trois ou quatre enfants trouveront toutes les difficultés du monde à vêtir en neuf leurs enfants. «Je suis père de deux enfants et d’une fillette de 6 ans. Je sais que mon salaire entier ne suffira pas à leur offrir des tenues complètes. Le moindre pantalon en jean coûte 1 000 DA, la moindre robe 1 500 Da et la moindre paire de baskets à 1 600 DA. C’est vraiment un casse-tête, auquel je pense depuis plusieurs mois et je ne suis pas sûr de m’en sortir», avancera ce malheureux père. Pour en connaître les prix et vérifier les craintes des pères de famille, nous avons visité une boutique qui ne propose que des produits locaux, à Souk El-Tenine. Les prix sont, en effet, exagérés. De simples jeans de production locale pour un enfant de 12 ans sont affichés entre 1 000 et 2 200 DA. Les pantalons en toile se vendent aux mêmes prix. Un t-shirt entre 500 et 1000 DA et un survêtement entre 1 000 et 2 000 DA. Les robes pour fillettes sont cotées entre 1 950 et 2 300 DA. Les pulls pour fillettes entre 500 et 1 000 DA. Pour ce qui est des souliers, c’est encore intenable. Ils sont vendus entre 950 et 1 400 pour les 2, 4 et 6 ans, 1 600 DA pour les 8, 10 et 12 ans, et entre 1 000 et 2 000 DA pour les 14 et 16 ans. Là il faut le rappeler, ce sont les produits simples et locaux. On ne parle pas des produits de luxe et des marques d’importation. Pour vêtir à neuf un enfant de 6 ans, il faut au minimum 5 000 DA. Si on a trois ou quatre enfants, il faut tout un salaire qui dépasse le SNMG.
Les fournitures scolaires, l’assommoir qui guette le portefeuille
Dure, dure sera la rentrée scolaire cette année. Sachant que les dossiers de bourse de 3 000 DA, destinée aux enfants, est modifié. Cette année, ce sera uniquement les enfants scolarisés, dont les parents gagnent moins du SMIG ou qui sont au chômage, qui vont bénéficier de cette prime de scolarité qui donne aussi le droit à la gratuité des livres. C’est dire que les élèves, dont les parents gagnent un peu plus du SMIG, n’auront pas droit à 3 000 DA et n’auront pas droit à la gratuité des livres. Les difficultés financières que connait le pays en sont la cause. Les années précédentes, ce sont presque l’ensemble des élèves qui tiraient profit de cette aide de l’état. Maintenant que l’argent manque, ce ne sera que les plus démunis qui en bénéficieront. C’est comprendre que la situation se compliquera pour beaucoup de parents. Une tournée à travers les libraires et vendeurs de fournitures scolaires a montré que les prix ont légèrement évolué à la hausse par rapport à l’année précédente. Le prix des cahiers de 32, 64 et 96 pages sont affichés respectivement à 20, 25 et 30 DA l’unité. Les cahiers de 120, 192 et 288 pages sont respectivement à 35, 50 et 85 DA. Les registres 2 mains, 3 mains et 4 mains sont vendus à 120, 200 et 240 DA. Les cartables et sacs à dos se vendent à partir de 600 DA. Les prix peuvent aller jusqu’à 1 600 DA, selon la qualité. Le tablier est coté entre 450 et 600 DA. Les stylos à 15 et 20 DA, une boite de couleur de six crayons à 20 DA et celle de douze crayons à 40 DA. Les protèges cahiers sont à 10 DA l’unité… Pour bien des pères de famille, vaut mieux éviter de faire l’addition pour garder le moral. C’est tout de même l’Aïd, un jour de fête !
Reportage de Hocine Taib

