Affûter des couteaux est une activité très répandue à chaque approche de l’Aïd du sacrifice, une fête religieuse qui exige des familles d’avoir leur arsenal utilisé pour égorger, écorcher ou couper la viande. L’affûtage fait partie des anciens métiers en voie de disparition et rares sont ceux qui continuent à exercer cette activité comme c’est le cas de Bouzid D., de la localité d’Iberbachen, qui demeure le dernier maillon d’une famille de ferronniers. «J’ai hérité ce métier de mon père, et disons qu’il s’agit d’un héritage de père en fils, et cette activité fait partie d’une tradition familiale depuis six siècles. Aujourd’hui, malgré les techniques modernes d’affûtage et de remoulage, moi j’ai gardé tous les anciens outils pour le décor de mon modeste atelier», raconte Bouzid, ferronnier de son état et surtout rémouleur par excellence à chaque approche de l’Aïd El-Adha. Aiguiser son couteau est devenu une activité qui se lance en cette occasion de fête dans chaque quartier et tous les coins de nos villes et villages, mais beaucoup préfèrent garder le même rémouleur à chaque arrivée de cette occasion, comme on en fait avec le coiffeur. Car il s’agit aussi d’une tradition qui fait partie des préparatifs de cette grande fête. «Je travaille jour et nuit, vu le nombre de clients qui viennent affûter leurs objets tranchants, notamment les couteaux et les haches, mais aussi beaucoup aiment prendre place dans l’atelier et prenne le plaisir d’observer l’artisan en faisant ‘repasser’ les lames diverses», ajoute le rémouleur d’Iberbachen. Le bruit de frottement de l’outil à aiguiser et de la meule revient tel un leitmotiv et devient aussi comme un rythme musical qui sort des ces ateliers. C’est un genre de cloche pour avertir que l’Aïd est à la prote. Aussi, le besoin est capital pour avoir ses couteaux bien aiguisés et affutés, car il s’agit d’abord d’une recommandation religieuse, pour ne pas faire souffrir sa bête, et puis, redonner un coup de tranchant à nos couteaux et autres outils utilisés pour la circonstance facilite le travail et prévient même les accidents, telles les blessures et les égratignures. Cela donne, cependant, une certaine animation particulière, étant que ce service est demandé par toutes les familles, l’ambiance est la même, dans toutes les villes et villages. Ce qui a fait de cette activité une tradition qui regroupe un métier et une offre de service public. «Prendre soin de ce rituel exige des connaissances dans le domaine de la boucherie, mais avoir un matériel bien aiguisé cela rendra la tâche à la portée de beaucoup de gens, car ce métier de dépouiller ou de découper la viande en plusieurs morceaux demande en premier un matériel efficace», dira un habitant venu affuter ses couteaux et autres moyens de découpage. Les rémouleurs et affuteurs font partie de cette génération qui tente de sauvegarder un vieux métier et aussi de maintenir des coutumes bien de chez nous pour meubler, à la façon ancienne, l’ambiance d’une fête qui a un sens de solidarité et de joie collective. Bouzid, tout comme le reste des ferronniers rémouleurs passionnés de cette activité, participent donc à faire revivre l’Aïd du bon vieux temps pour redonner plaisir aux vieux et aux jeunes. C’est cela qui s’appelle affuter le passé pour le revivre au présent.
Nadir Touati
