Le seul forgeron en activité à Draâ El-Mizan, après que le fils eut repris l'activité de son père, est pris d'assaut à la veille de l'Aïd El-Adha.
En effet, c’est surtout pour son expérience qu’il est choisi. D’ailleurs, depuis le début de semaine, on ne peut aiguiser sa hache qu’après avoir reçu un rendez-vous. «Vous savez, les gens viennent tous en même temps. Et mon activité qui redonne vie à ces outils déjà abîmés prend beaucoup de temps parce que je travaille seul. Je n’ai même pas trouvé un apprenti. Les jeunes de notre époque n’accordent pas d’intérêt à ce métier qui est en voie de disparition. C’est par amour que j’ai repris cette activité car j’ai assisté pendant de longues années mon père parti en retraite», nous répond le jeune forgeron. Celui-ci nous montre des piles d’outils qui attendent leur tour. «Exceptionnellement, comme c’est le cas pour la fête de l’Aïd El-Adha, je fais appel à un jeune pour me donner un coup de main parce que je suis sous pression, sinon, pour le restant de l’année, je m’occupe de tout», nous explique-t-il. En effet, à notre arrivée sur les lieux, ils étaient déjà nombreux à attendre le ticket. «En tout cas, souligne notre interlocuteur, tous ceux à qui j’ai donné rendez-vous, leurs haches seront prêtes au plus tard dans l’après-midi de jeudi, soit la veille de l’Aïd». En ville, c’est la prolifération de rémouleurs occasionnels et de vendeurs de tous les outils qui seront utilisés le jour du sacrifice et après. Ces rémouleurs sont installés presque dans toutes les rues et à la place du marché. Là aussi, devant eux, il y a grande foule. «On constate que même si c’est un travail peu perfectionné, les chaînes n’en finissent pas. Avec la meule, le travail est rapide et ces machines usent la matière des objets. Elles ne leur donnent pas vie comme le prétendent certains. Il n’y a rien de plus efficace que la méthode traditionnelle», nous dit une personne âgée, qui attendait tout de même son tour devant l’un de ces rémouleurs. D’autres proposent carrément la vente promotionnelle. Il s’agit d’outils, notamment des séries de couteaux de cuisine de fabrication asiatique. A mille dinars, le client aura une série de cinq couteaux. Une aubaine pour certains, mais pour les connaisseurs, ce n’est qu’une simple arnaque. «Ce ne sont pas vraiment des couteaux de qualité. Ils ne tiennent pas longtemps», nous lance un badaud. Un peu plus loin, certains proposent des barbecues fabriqués localement. Quant aux prix, ils sont abordables pour certains alors que d’autres les jugent excessifs. «Aiguiser un couteau à cent cinquante dinars. C’est vraiment excessif. Il n’y a rien de spécial. Tout juste deux à trois tours de meule», estime un client. Cela étant, pour ce genre d’occasions, tout est permis. Ce n’est que de l’occasionnel.
Amar Ouramdane

