« C’est en 1947 que cette fabrique a été mise en service par mon arrière grand-père qui s’en occupa jusqu’à sa mort, puis l’affaire a été reprise par mon grand-père en 1975, avant d’échoir à mon père jusqu’en 1995. A sa disparition en 1995, j’ai dû prendre en charge ce lourd héritage », nous a confié le jeune Nacer dont l’arrière-grand-père, feu Hadj Chihaoui, doit être fier en conservant les lieux mieux qu’avant et surtout en perpétuant la tradition familiale. Au demeurant, le vieux moulin à huile a gardé toutes ses spécificités et caractéristiques d’antan, si ce n’est qu’à l’intérieur, la faïence sur les murs doit être récente pour donner plus de propreté et d’hygiène à la grande salle des machines. En fait, ces machines d’un autre siècle ont gardé toute leur splendeur, comme si elles venaient d’être installées, ce qui pourrait être un exemple pour tous les nouveaux propriétaires des huileries modernes qui doivent faire non seulement face aux différentes pannes mais également à la détérioration fréquente de leur matériel après moins de trois années, par manque d’entretien. « La seule modernité apporté au moulin est la génératrice qui a remplacé le moteur à essence en 1992, car pour nous, c’est en cette année que nous eûmes notre indépendance, alors que, comme vous le voyez, le concasseur qui était sorti des ateliers A. Blachère et Fils, la pompe hydraulique et la presse, n’ont subi aucune modification », a rajouté notre interlocuteur. Par ailleurs, Nacer nous a parlé de tous les problèmes qu’il a rencontré, à commencer par la cherté des scourtins rapportés de Tazmalt où subsiste encore et heureusement, le seul artisan sur le territoire national, sinon ce serait la ruine. « Je dois débourser 5 200 dinars pour chaque douzaine de scourtins car, fabriqués avec du lin importé d’Inde ou du Pakistan. C’est pour cela que je prélève deux litres d’huile sur dix distillés », nous a déclaré encore le jeune homme qui doit nous quitter pour un moment, afin de rejoindre deux clients venus s’approvisionner. Au retour, notre question sera naturellement de savoir s’il a des problèmes de commercialisation. « Je n’ai pas de problèmes de commercialisation, bien que le prix soit un peu plus élevé que celui pratiqué par les huileries modernes, mais ma clientèle est surtout restée fidèle à la famille. Les gens viennent de partout, il s’agit surtout de connaisseurs, qui savent apprécier la qualité et le goût d’une huile vierge », nous a répondu notre hôte avant de le laisser encore une fois, de sorte qu’il reste avec ces automobilistes, descendus de leurs voitures avec des bidons de plastique jaune de 5 litres.
Essaïd N’Aït Kaci
