Ces impressions voudraient être les touches sincères d’un portrait qui peut paraître subjectif. Mais comme dirait Vauvenargues : «C’est une grande médiocrité que d’aimer toujours modérément».
Elles n’entendent pas ébaucher un éloge d’un jeune groupe, qu’il ne supporterait pas, d’ailleurs, et qui eût trahi à la fois sa modestie et son exemple. En fait, elles sont loin d’être satisfaisantes. Il me semble même qu’il n’y a rien de plus approximatif. Nonor et Karim, c’est ainsi qu’ils s’appellent. Ce sont deux frères, deux vrais jumeaux, qui quittent leur village natal «Iferhounène» en 2003 pour atterrir en France, avec comme unique viatique leur amour de la musique. Un amour contagieux, qui leur a été transmis dès leur jeune âge par leurs frères Saïd et Hakim. C’est en 2015 que les deux frères ont décidé de foncer dans le tas musical. Et advienne que pourra ! La rencontre avec Didine, un autre kabyle de Timezrit, un musicien et arrangeur tant aguerri que reconnu, a été suivie par d’autres osmoses heureuses. Hormis les incontournables Rabah Khalfa, Amar Chaoui, Djamal Hamiteche, Malik Kerrouche, on trouve Dimitri Fonseka, Martin Berauer, Hugo Proy, Sacha Lounis… Pour le groupe Amzik, la chanson n’est ni un métier ni une profession. C’est une passion secrète à laquelle les deux frères s’adonnent depuis… Peut-être se gardent-ils de l’opinion commune qu’ils s’interdisent pourtant de mépriser ? Ou alors éprouvent-ils le sentiment que tout avait été dit ? Seulement, ils s’entêtent à le dire autrement et c’est complètement autre chose. Il y a de ces troubadours, en effet, qui «s’auto-emprisonnement» et qui méritent largement de les mettre en «Taule» à l’air libre dans les sentiers et les avenues de leur pays et d’ailleurs. Amzik sont de ceux-là. Amzik (comme autrefois), n’est pas un retour en arrière mais un pèlerinage sur les pas des ancêtres qui ont tant souhaité que leur progéniture vive son temps. Du viatique ancestral, ils puisent, en effet, les meilleures valeurs pour s’épanouir dans le présent. Et de cette envie mesurée est né un album en 2016. En fait, un album pour nous indiquer là où ils veulent aller. Des créations qui ne seront sûrement pas innocentes. Des choix annonciateurs de créations qui maîtriseront cet art délicat qui consiste non pas à faire du neuf avec du vieux, mais à concilier les vraies valeurs et les émotions authentiques. Comment souhaitent-ils à raconter l’histoire de générations en laissant à peine à l’auditeur le temps de respirer ? Par la précision incisive du mot, un sens remarquable de la «note musicale» et un art cinglant d’extraire l’essentiel des tribulations mentales millénaires de leur peuple. Comment peut-il en être autrement sans nous priver d’une poésie du «commun» qui s’inscrit sans complexe dans le monde et dans l’espoir, d’une poésie qui ne peut être passée de mode parce que puisée dans la vérité des jours. Constructions simples, vers brefs, notations par petites touches de faits bruts enregistrés par un regard innocent. Seulement, la force de frappe des émotions est certaine. Des mots et des mélodies qui restituent le vécu avec une sensibilité intense qui balancent entre l’amour et la souffrance et le besoin de greffer l’espoir sur les désespérés. Le groupe est en prise directe avec la vie, telle qu’elle est perçue par «la rue» et par la «montagne». Et d’évoluer ainsi avec des doutes, des éclats de colère et d’aspirations. L’originalité d’Amzik n’a pas laissé insensible l’artiste Idir, avec lequel le groupe s’est déjà produit en première partie à Bordeau. Une ville où Amzik se reproduira avec l’incontournable Aït Menguellet en octobre. Partis, «tout en restant chez eux», d’un pays tout en hauteur et dont les villes et villages portent des noms de «Saints tutélaires impuissants», les interprétations de Amzik sont faites de mots d’un pays où l’on récolte les maux et où l’orthographe des paroles est fonction de l’altitude où gémissent ses habitants.
Celia Bekka

