Le rôle des zaouïas dans la sauvegarde du patrimoine

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Les zaouïas étaient jadis des centres d’un rayonnement socioculturel et religieux. Aujourd’hui, à cause de plusieurs paramètres extérieurs, elles ont perdu de leur prestige et se cantonnent de plus en plus dans la tâche basique de l’apprentissage du Coran.

Ce constat a été confirmé par plusieurs responsables de zaouias au niveau de la wilaya de Tizi-Ouzou, lors d’une conférence dédié à la fête d’Achoura, dans le cadre de la 2e édition du Salon du patrimoine, mercredi dernier. Nonobstant, ces dernières luttent pour peser et retrouver leur place dans la société, notamment en s’impliquant davantage dans la sauvegarde du patrimoine. A la veille d’Achoura, M. Hamdad Amar de la zaouia «Akal Averkan» de Beni Douala, M. Charief Mohand Amokrane de la zaouia «Sidi Ali Moussa» de Maâtkas, et M. Mouhoun de la zaouia «Sidi M’hand Oumalek» de Tifrit Aït Oumalek, ont raconté, chacun son tour, le déroulement de cette fête au niveau de leurs zaouïa respectives. Les trois intervenants ont mis en exergue l’aspect humain de la festivité. Celle-ci permet en effet aux gens de se retrouver, de partager un moment de communion et de solidarité, souligneront-ils. Ce qui a aussi été relevé dans les trois interventions, c’est la relation étroite établie entre les zaouïas et les comités de villages dans l’organisation de Taachourt. «Au niveau de chaque zaouïa, c’est l’aspect religieux de la fête qui est mis en valeur», diront les conférenciers. Sur plusieurs jours, les visiteurs de ces espaces ont droit, en plus de bon accueil et de la nourriture, à des chants religieux interprétés par «Lekhwan» et à la récitation de versets coraniques par les disciples, a-t-on encore expliqué. Sur le rôle de ces zaouïas, dans la préservation de la langue, les intervenants ont relevé la problématique de l’apprentissage en arabe. «Au niveau des zaouïas, l’apprentissage du Coran se fait en arabe par des imams d’expressions arabe. Ce phénomène n’aide pas la promotion de la langue berbère. On devrait former des imams d’expression kabyle. La zaouïa devrait même enseigner cette langue. Ça serait un acquis culturel. Il est aussi bon que la Zaouïa enseigne toutes les autres langues», préconisera M. Mouhoun. Pour sa part, le responsable à la zaouïa «Akal Averkan» de Béni Douala considère que «pour qu’il y’ait des imams d’expression kabyle, il faudrait que la population de la région envoient ses enfants apprendre dans les zaouias. Il regrettera le fait qu’au niveau des 18 Zaouïas de Tizi-Ouzou le nombre de disciples locaux soit «insignifiant». L’intervenant a plaidé pour une zaouïa «qui transmet le savoir et non du folklore». Il a en outre expliqué que la préservation de la tradition est un rôle ancestral de ces lieux. La tradition, dira-t-il, «est une source de législation en islam». Le responsable de la zaouïa de Sidi Ali Oumoussa de Maâtkas expliquera : «Aujourd’hui, la zaouïa a de la concurrence, à l’école, avec les nouvelles technologies et surtout l’invasion culturelle». M. Cherief déplorera enfin le manque de moyens des zaouïas pour «affronter les paramètres extérieurs qui réduisent de plus en plus leur rôle». Il a sollicité l’implication de l’Etat pour promouvoir ces institutions. Dans ce sillage, la spécialiste du CNRPAH, Mme Galez, a appelé à «la redéfinition du rôle de la zaouïa».

Kamela Haddoum.

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