Slimane Belharet, ou l’artiste aux multiples facettes

C’est un véritable boute-en-train. Il a une pêche d’enfer. Slimane Belharet sème la gaieté à tout bout de champ. Artiste polyvalent, il est à l’aise aussi bien sur scène que dans la vie de tous les jours. Il est à la fois poète, humoriste, animateur de radio et de télévision et acteur de cinéma. Sa passion pour le monde de la culture remonte à l’université, au temps de la protesta identitaire d’avril 1980. Ses premiers pas, Belharet les fera en tant qu’animateur de spectacles. « J’ai commencé par la présentation d’un grand gala donné par Lounis Aït Menguellet au campus de Oued Aïssi. C’était pour fêter la libération des 24 détenus du Printemps berbère. Il y avait foule ». Test réussi pour le jeune étudiant en littérature arabe de l’époque. Cette expérience lui sert de tremplin pour faire une « incursion » dans ce domaine. Depuis, il multiplie les sorties publiques. Il est très sollicité par les organisateurs de concerts artistiques et autres festivals. Il aime rire et faire rire. D’une bonhomie incroyable, Belharet possède à fond l’art de mêler avec une subtilité algérienne, blagues du terroir, poèmes et autre « astuces » pour « pimenter » l’ambiance au maximum. Il a plus d’un tour dans son numéro pour distraire son auditoire. Ses formules, il avoue ne plus les chercher. Il les trouve, c’est tout. Spontané, il n’est jamais à court d’idées. Il excelle également à l’antenne lorsqu’il anime à la chaîne II de la Radio nationale, « Agraw Guelmezyen » (le club des jeunes). C’est une émission de variétés dans laquelle il fera entendre la voix d’artistes en herbe. Sa voix suave au micro, ses commentaires, son humour en béton. Il a tout pour séduire. « C’est une émission qui a connu un grand succès grâce notamment à la collaboration de Ouahab, le réalisateur ». Ce lien hebdomadaire avec les auditeurs de la Chaîne kabyle a été rompu pour des raisons que l’animateur lui-même ignore. « Il y a toujours en moi cette envie de reprendre du service. J’adore la radio. Je suis un accro du transistor. Je suivais les programmes de la Chaîne II depuis l’âge de 14 ans. Mes idoles étaient Belkacem et Abdelkader (journalistes, ndlr) et Chérif Nadir (animateur) ». Pour lui, l’idéal, est de réactiver la radio de Tizi Ouzou qui arrosait la Kabylie durant les années 60. Le studio existe toujours au sous-sol du siège de la wilaya de Tizi Ouzou. Il ne manque que la volonté politique, pour émettre à nouveau. Actuellement, il collabore à Berbère Télévision (BRTV). A son actif, plusieurs émissions réalisées avec son ami Hocine Amazigh. En projet, il prépare une caméra cachée et un reportage sur Aït Agad, un village de haute montagne situé dans la région de Ouacifs (Tizi Ouzou). Il compte aussi illustrer en images un de ses poèmes intitulé « Le Kabyle jadis ». Poète, Slimane Belharet ne rate aucune rencontre pour déclamer son savoir-faire. Il a pris part à de nombreux récitals organisés à l’université de Tizi Ouzou. « C’est mon milieu préféré », dit-il, un brin nostalgique. Il compose exclusivement en tamazight. « C’est ma langue maternelle ». En 1991, il met sur le marché « Ikem Ayema », un album de poésie dans lequel il introduit trois chansons. Le produit n’a pas bien marché. « Les thèmes proposés étaient intéressants mais la bande n’est pas bien conçue techniquement ». Déçu, il ne baisse pas pavillon pour autant. Le 29 mai 2005, journée de la mère, il revient avec une deuxième cassette qu’il a titrée « Asefru i yemma » (poème pour ma mère). Dans cet hommage, il loue le combat de la femme et compatit à ses peines. Sur 12 poèmes, il développe d’autres thèmes : l’amour, la critique de la chanson folklorique… On y trouve également un bel hommage à Mouloud Mammeri et cheikh El Hasnaoui, deux icônes de la berbérité. L’habillage musical de l’enregistrement est signé Belaïd Branis, un jeune qui promet. Le poète prépare une troisième cassette dont la sortie est prévue pour l’été prochain. Le contenu ? « Il va y avoir du nouveau, notamment des poèmes satiriques traitant du milieu scolaire ». Pourquoi avoir opté pour la cassette et non pas pour le livre ? « Dans la culture kabyle, la poésie a plus d’impact quand elle est orale. En éditant un livre de poésie, ce n’est pas évident de trouver des lecteurs. En plus, en poésie, la déclamation joue un rôle important ». Slimane Belharet est aussi auteur. Il a publié, en langue arabe, deux livres à compte d’auteur : « L’enseignement, un monde qui fait rire et qui fait pleurer » et « Dhawahir ichnaâ fi ataâlim » (scènes vécues dans l’enseignement). En tamazight, il a édité au HCA « Awal a fawal ». « C’est un livre un peu lexique dans lequel je commente en prose des mots que nous utilisons quotidiennement ». En français, il met les dernières touches à « Comment-Taire ? », un patchwork de « papiers » écrits dans un style simple mi-sérieux, mi-tragique. L’auteur narre avec lucidité et humour des scènes de rue et tourne en dérision son époque. Enseignant de littérature arabe au lycée Amirouche, il passe son temps libre à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri où il anime le cercle des poètes. Cette rencontre se veut un trait d’union entre les « imadyazen » de la région et une tribune pour débattre de plusieurs thèmes. Dans le même établissement, il reçoit une fois par mois, en présence du public et de la presse, des hommes de cultures de différents horizons. Paroles aux artistes (c’est le nom du forum), fraîchement lancé, a invité le chanteur Si Moh. Belkacem Hadjadj, réalisateur, est venu parler du cinéma le lundi 27 février. « Ce genre de retrouvailles fait défaut à Tizi Ouzou. C’est pourquoi j’a pensé à rassembler des artistes, leurs fans et le public dans une même salle pour débattre du monde de la culture en général ». Belharet est également acteur de cinéma. Il a joué dans deux films : La Colline oubliée et Si Mohand Oumhand. La tête pleine de projets, il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Bon vent, l’artiste.

Chérif Boussama