Une nouvelle forme d’exploitation

De plus en plus de jeunes sans emploi travaillent, en Kabylie, dans le domaine du bâtiment. La plupart du temps sans qualification, ils sont recrutés comme manœuvres et payés au jour le jour. Le tarif pratiqué est en général de 500 dinars par jour, parfois, quand la demande est forte, un peu plus. 500 dinars par jour, c’est une somme importante, surtout quand on n’a pas d’autres revenus… Mais voilà, ces jeunes ne disposent d’aucune couverture sociale, ils ne perçoivent pas d’allocations et ils travaillent parfois toute la semaine, voire tout le mois sans prendre un jour de repos ! En cas de maladie, le manœuvre n’est pas rémunéré, il peut même, au retour, ne pas retrouver sa place. C’est pourquoi beaucoup de manœuvres travaillent jusqu’à épuisement, pour ne pas perdre une journée de salaire ou leur place. Sur les chantiers, les conditions de sécurité sont inexistantes : on travaille sans casque et, quand il y a des échafaudages, sans harnais de sécurité. Des accidents, parfois mortels, se sont déjà produits. Des patrons n’hésitent pas à exploiter cette main-d’œuvre, taillable et corvéable à souhait : les manœuvres sont aussi chargés de la manutention des produits de construction, comme les briques ou les sacs de ciment, sans qu’une indemnité supplémentaire ne soit versée. Ceux qui protestent s’entendent dire, qu’ils sont là pour travailler et que s’ils ne sont pas d’accord, ils peuvent s’en aller et que d’autres les remplaceront. Un chantage qui ne dit pas son nom… Une forme d’exploitation que l’on croyait révolue !

S. Aït Larba