Des dizaines de citoyens se présentant comme des représentants des comités de villages de la commune de Mkira, dans la daïra de Tizi Ghenif, à une quarantaine de kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou, ont observé, hier, un sit-in devant le siège de la wilaya. Les manifestants déployaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire «Non à la pollution», «Rendez à M’kira ce qui lui appartient» ou encore: «Non à la destruction de l’environnement». L’un des villageois protestataires dira : «Nous demandons la fermeture de cette carrière. Elle met notre santé en danger et pollue l’environnement. Nous demandons au wali de nous donner sa décision finale». Il est à souligner que la fermeture de cette carrière de tuf de Bouaita est réclamée depuis des années par la population locale. Plusieurs actions de protestations ont été organisées. Dans une requête datée du 2 octobre, signée par 6 comités de village et adressée au wali de Tizi Ouzou, les rédacteurs écrivent : «Nous vous demandons d’intervenir en urgence pour mettre fin à l’exploitation de la carrière de Bouaita (…) L’exploitation de cette carrière a des conséquences désastreuses sur la santé des habitants des villages limitrophes (…) Le va et vient des camions de grands tonnages présente un grand risque d’accidents et nous fait subir des nuisances sonores insupportables, sans oublier les dégradations infligées à la faune et la flore et au réseau routier». Pour clore leur requête, les rédacteurs renouvellent leur appel au wali «d’intervenir pour soustraire la région et ses habitants à cette situation insoutenable». A signaler aussi que le P/APC a émis un avis défavorable au renouvellement du contrat d’exploitation au profit des bénéficiaires lors d’une réunion de la commission de wilaya en date du 3 mai 2017. Dans cet avis, dont une copie nous a été remise, le P/APC déclarait : «La commune de M’kira est l’une des plus pauvres de la wilaya de Tizi-Ouzou, elle a la chance d’avoir sur son territoire une mine de FELDSPATH, mais celle-ci ne profite pas du tout à la population». Le P/APC conclut sa déclaration : «L’APC de M’kira s’oppose à tout renouvellement du contrat d’exploitation de la carrière et à toute forme d’extension et demande l’arrêt immédiat de son exploitation».
Les exploitants se défendent
Les exploitants de la carrière de Bouaita se défendent et expliquent : «La SARL Tufeal a économisé au Trésor public de grosses sommes en devises pour l’importation du tuf qui approvisionne une quarantaine d’unités de transformations et de fabrication des matériaux à base de cet argile. L’exploitation de cette carrière couvre les besoins de tout le marché national» Ils ajoutent : «La SARL contribue avec plus de 5 millions de dinars en taxes et impôts, en plus des charges sociales», apprend-on du gérant de l’entreprise, Belkacem Haddad. Ce dernier signalera : «22 ouvriers permanents sont employés sur le site du gisement et les activités annexes, telles le transport et la transformation, dans la quarantaine d’unités qui sont à l’origine de la création de plusieurs centaines de postes d’emploi». M. Haddad précise : «Le gisement en question est localisé sur un terrain domanial, appartenant au domaine privé de l’Etat. Il a été cédé en exploitation à la SARL Tufeal, suite à une soumission, pour une durée contractuelle de 10 ans renouvelable jusqu’à épuisement du gisement». Il ajoute : «La société est entrée en exploitation en 2005 et son premier contrat est arrivé à terme en 2015. Depuis, nous sommes en exploitation pour un second contrat décennal qui court jusqu’en 2025». Le gérant de la SARL croit dur comme fer que «les manifestations et les actions de protestation de ces derniers jours sont l’œuvre des gros pilleurs». Selon notre interlocuteur, «l’ensemble des comités de villages de M’kira s’en sont lavé les mains». M. Haddad argumente ses dires par «le nombre très réduit des personnes qui prennent part aux actions de protestations». Le conflit semble parti pour durer dans le temps, si une solution définitive n’est pas trouvée par les autorités concernées.
G. A.

