Depuis quelques années, à la veille de chaque campagne oléicole, les poseurs de pièges à oiseaux réapparaissent, avec un nombre plus élevé, menaçant, de ce fait, plusieurs espèces de volatiles. Ce phénomène est nouveau dans la région, mais il prend une ampleur inquiétante. Il y a encore quelques années, la chasse aux oiseaux durant la campagne oléicole était plutôt une passion et un passe-temps pour les jeunes qui accompagnaient leurs familles dans les oliveraies. Ces jeunes meublaient, pour ainsi dire, leurs journées, en installant des pièges et les prises ne dépassaient guère quelques oiseaux. Mais depuis, les temps ont changé et les procédés de chasse aussi. Dans la région de M’Chedallah, les chasseurs, qui se sont manifestés depuis le début du mois avec l’arrivée de la première vague de grives, utilisent des filets à mailles semblables à ceux de la pèche, mais avec des dimensions beaucoup plus importantes (quelque 20 mètres de long sur 5 mètres de large). Les adeptes de ce mode de chasse étendent leurs filets à proximité des ravins et sur les collines formant les couloirs traditionnels empruntés par les grives et les étourneaux. Ces filets, étendus horizontalement, accrochent tout oiseau qui passe au-dessus. Ils constituent, ainsi, un parfait piège avec de doubles mailles transparentes invisibles, dans lesquelles s’enchevêtrent les oiseaux et se débattant comme des mouches prises dans une toile d’araignée. Ce n’est qu’en fin de journée que les chasseurs font la tournée des filets, pour récupérer la «récolte de la journée». Les oiseaux qui ne sont pas visés par ces braconniers sont retirés des filets, indélicatement et sans ménagement aucun, et meurent désarticulés entre les mains des chasseurs qui s’en débarrassent, comme en témoignent leurs cadavres qui jonchent le sol autour de ces pièges. Les chasseurs usant ce procédé s’adonnent au commerce de ces oiseaux. Une activité des plus juteuses, sachant que la grive ou l’étourneau se monnaie à pareille période à 100 DA et à 150 vers la fin mars. A noter que la saison de la chasse dure cinq mois. On retrouve ces chasseurs en bordure des grands axes routiers, comme la RN15, à hauteur de Raffour, où ils proposent leur gibier aux usagers de la route. Au niveau des marchés hebdomadaires, ce sont des intermédiaires qui achètent en gros la grive qu’ils écoulent au niveau des restaurants de luxe dans les grandes villes du pays. Il est à signaler que cette activité de chasse n’est régie par aucune loi. La nouveauté cette année est non seulement l’élargissement des dimensions des filets, mais les chasseurs s’associent à quatre ou cinq pour chasser le maximum de grives, dont la récolte quotidienne dépasse les 200 pièces.
Oulaid Soualah
