Dans le cadre de la commémoration du 63e anniversaire du déclenchement de la révolution, une délégation de la maison de la culture Ali Zamoum s'est rendue à Amara (M'Chedallah), pour se recueillir à la mémoire des martyrs de la légendaire bataille menée par le lieutenant Si Lahlou.
Une cérémonie qui s’est déroulée en présence des membres du Bureau local de l’ONEM et des autorités locales. Après la rituelle minute de silence, plusieurs moudjahidine ont relaté le déroulement de cette bataille, durant laquelle les ex-maquisards ont fait subir une cuisante défaite au bataillon des militaires français, posté à M’Chedallah. C’est l’une des toutes premières et célèbres batailles de la région qui est restée gravée dans la mémoire collective. A rappeler qu’Amara est une vallée hautement fertile de plusieurs milliers d’hectares, située à quelques encablures de la ville de M’Chedallah, et mitoyenne de Tamourt Ouzemmour. Des plaines dont se sont emparés les tous premiers colons qui ont débarqué dans cette région, tels que les Troccon, Pedrio, Ruich, Lagere Pétavain, entre autres. Ces plaines ont été transformées en fermes valorisées grâce à l’aide de l’administration coloniale qui réalisa un canal d’irrigation à partir du petit barrage d’Assif Assemadh et cela en plus d’assurer leur protection, en mettant à la disposition des colons une section de harkis encadrés par quelques mercenaires de la Légion étrangère. Cette section accompagnait chaque matin les colons qui supervisaient les travaux agricoles, dont la majorité de la main-d’œuvre est offerte gracieusement par l’administration pénitentiaire, en puisant dans leurs sinistres geôles débordantes de prisonniers algériens, arrêtés pour un oui ou un non. Des témoins encore vivants racontent qu’à l’occasion de chaque lancement d’une campagne agricole dans ses divers créneaux et en toutes saisons, les militaires français opéraient des rafles dans les villages et arrêtaient sans raison de jeunes Algériens solides, pour les mettre à la disposition des colons. C’est l’une des raisons qui a poussé les responsables locaux de l’ALN / FLN à mener une expédition punitive contre les forces coloniales et leurs protégés. La deuxième raison, raconte Aami Ahcène Aoudia, moudjahid et résidant à proximité de Amara, sont les exactions et razzias que commettaient les harkis, chargés de la sécurité des colons, qui, en opérant des descentes au niveau des bourgades limitrophes, dévalisaient la population, en raflant tout objet de valeur qui leur tombait sous la main. Ami Ahcène Aoudia, qui était un fervent militant de la première heure de la cause nationale et qui menait la mission de collecteur de fonds dès les premières années de la guerre, a été désigné comme responsable local de l’organisation, sous le qualificatif de « chef Nidham » (responsable organique) à partir de 1957. Poursuivant son récit, le moudjahid raconte qu’il a adressé un rapport détaillé à ses chefs hiérarchiques, dans lequel fut signalé le comportement bestial des harkis et des mercenaires, soulignant, en même temps, la nécessité d’une action contre ces lâches qui s’attaquaient presque quotidiennement à une population sans défense.
Retour sur la raclée infligée aux harkis en mai 1958 par Si Lahlou
Une demande à laquelle avait répondu favorablement et sans hésitation le lieutenant Si Lahlou qui se prépara, aussitôt, à mener une expédition punitive contre les mercenaires de la légion étrangère et leurs valets. Pour ce faire, il commença par effectuer une reconnaissance des lieux et s’attela à une surveillance de plusieurs jours du déplacement de la section des harkis et leurs habitudes. C’est ainsi qu’il décida de passer à l’action un certain 15 mai 1958, à l’occasion du déclenchement de la campagne de fenaison, qui ramena les colons et les harkis sur le terrain au lieudit Amara. Le lieutenant Si Lahlou démontra, dans le plan qu’il arrêta pour exécuter cette opération, les qualités d’un grand chef et stratège de guerre. Il chargea, en premier lieu, un groupe de Mouseblines (volontaires), armés de fusils de chasse, de tendre une embuscade à la section des harkis à Amara, avec ordre de tirer quelques salves et se replier sur les hauteurs d’Allaouche. Ce qui firent les Mousseblines, aux environs de 13 heures, en faisant détaler les gommiers, rien qu’en brûlant quelques cartouches de chevrotines. S’ensuivirent alors d’importants renforts de soldats français qui, contraints d’abandonner leurs véhicules blindés en raison du terrain accidenté, ont dû poursuivre à pied la dizaine de Mousseblines. Ces derniers continuèrent dans la provocation, en tirant toujours à l’aide de fusils de chasse, pour attirer les militaires français, qui se lancèrent à leur poursuite vers les forêts d’Anza Ouaoudhiou où les attendait Si Lahlou, avec un groupe de choc de 65 maquisards, équipés d’armes automatiques. Les soldats français, qui tombèrent naïvement dans le piège, furent accueillis par un déluge de feu, une fois pris dans le dispositif de l’embuscade, et subirent d’énormes pertes. L’avantage de la surprise et de la parfaite connaissance du terrain a permis au groupe de Si Lahlou de faire subir des pertes importantes aux Français qui reçurent, ce jour-là une mémorable raclée. Du côté des maquisards, un tirailleur de la pièce FM tomba au champ d’honneur. Ce légendaire officier poussa l’audace jusqu’à leur imposer un corps-à-corps, pour faire mesurer aux officiers français les capacités au combat de nos valeureux maquisards, qui n’ont eu aucun mal à semer la panique dans les rangs des militaires français. Ces derniers, en voulant fuir et quitter la forêt transformée en enfer pour eux, tombèrent dans une autre embuscade, à la lisière du bois à proximité du village Aggache, dans la commune de Saharidj. La bataille d’Amara est parmi les plus importantes de la région de M’Chedallah. Ami Ahcène Aoudia narra ce haut fait d’arme d’une seule traite, sans marquer aucune halte, le regard lointain, poursuivant sans doute de vieilles images qui défilèrent comme la bobine d’un film.
Oulaid Soualah

