L a Journée mondiale des handicapés, célébrée le 2 décembre, ne diffère pas des 364 autres jours de l’année pour les handicapés de la commune d’Aïn El Hammam. En effet, les personnes handicapées continuent à vivre leur situation sans attirer l’attention des autorités ni celle des citoyens que l’on dit «normaux». Plus que les autres malades, ce sont «les malades mentaux» qui se font remarquer par leurs cris et gesticulations. Sans être agressifs physiquement, ils ne manquent pas d’adresser des mots, parfois déplacés et peu courtois, aux personnes qu’ils croisent. Les connaissant, les femmes les fuient de loin, évitant de s’en approcher par crainte. D’autres, plus discrets, ne parlent que si les valides, peu respectueux de leur handicap, les taquinent pour amuser «la galerie». Ils sont là toute la journée, qu’il pleuve ou qu’il vente, à arpenter les rues, sans que personne ne pense à les abriter ou à les réchauffer. «Ont-ils des parents proches pour s’occuper d’eux?», se demandent les gens animés d’un peu de compassion. Au café du centre, ils sont trois ou quatre à venir siroter un lait chaud que le cafetier consent à leur offrir quotidiennement. Les handicapés physiques, cloués à leur fauteuil, ne sont guère mieux lotis. Si certains possèdent des fauteuils roulants électriques, d’autres, en revanche, ne peuvent se déplacer qu’à la force de leurs bras. Leur terrain d’action est limité à la ville, ne s’éloignant que peu de leur domicile. Quant à ceux qui habitent dans les villages, ils n’ont d’autres choix que d’attendre qu’un proche veuille bien les faire sortir, pour faire un petit tour. Par ailleurs, l’accès aux structures étatiques leur sont interdit, car leurs entrées sont, pour la plupart, dotées de marches d’escaliers qu’ils ne peuvent franchir qu’avec l’aide d’autrui. «Même pour aller chez le coiffeur, je dois chercher un salon, dont la porte est assez large pour mon fauteuil, et ce au cas où j’arrive à monter sur le trottoir», nous confie Nacer. La situation des femmes est encore pire. Pudiques, elles ne consentent à sortir que si contraintes. Elles n’acceptent pas qu’on les voit reléguées à dépendre d’autrui. Jusqu’à maintenant, nous n’avons aperçu aucune d’elles se déplacer en fauteuil électrique, un matériel qui semble réservé aux hommes. Aucune association n’existe au niveau d’Aïn El Hammam, pour les aider ou leur faciliter la vie. Hormis le centre «Si Mokrane» de prise en charge psychopédagogique des enfants inadaptés, aucune autre structure, s’occupant des personnes en situation d’handicap, n’existe à Aïn El Hammam.
A. O. T.
