La signature, avant-hier, de la Charte de partenariat public-privé entre les membres du Pacte économique et social de croissance, est saluée par les opérateurs privés de la wilaya de Tizi-Ouzou. Néanmoins, si ces derniers y voient d’un bon œil l’opportunité qui leur est, désormais, offerte de pouvoir intégrer le capital de certaines entreprises publiques «en difficulté», mais jouissant d’un label reconnu, certains spécialistes sont sceptiques quant à l’étendue de l’application de certaines actions contenues dans cette Charte. Yacine Aït Benamara, président du bureau de wilaya de la CAP (Confédération algérienne du patronat) salue l’action des membres de la Tripartite, en ce sens que «toute action pouvant apporter un plus à la vie des entreprises publiques et privées et améliorer le climat des affaires est salutaire». Bien qu’il s’interroge sur les modalités et les champs de son application qui demeurent «la grande inconnue», cet opérateur économique, spécialisé dans les services, considère qu’il est temps de conjuguer les synergies pour sortir d’un model économique budgétivore et limité, et faire du privé un partenaire économique à part entière. «La Charte devra permettre à l’opérateur privé d’être un acteur à part entière dans le développement, cela devra, enfin, mettre fin aux plans de sauvetage des entreprises déficitaires à coups de milliards de dinars». L’intégration du privé dans cette optique, explique encore M. Aït Benamara, dans la synergie des entreprises publiques, apportera à coup sûr des solutions managériales indéniables. «L’expérience qu’a acquise le privé dans la gestion de son (ses) entreprise (s) sera d’un grand apport à la PME ou la PMI publique, à laquelle il est appelé à s’associer. Il apportera assurément une dynamique non négligeable à travers, notamment, des prises de décisions profitables aux deux parties, mais aussi à l’économie de la région où est implantée cette entreprise», note également le président du bureau de wilaya de la CAP. Pour ce qui est des domaines et secteurs d’activités susceptibles d’être profitables dans la wilaya de Tizi-Ouzou, M. Aït Banamara fera remarquer qu’en l’absence d’un tissu industriel de production dans la wilaya, le partenariat public-privé réussira plutôt dans le domaine des services, notamment l’hôtellerie et la santé, mais aussi le secteur du BTPH. De son côté, le délégué du FCE à Tizi-Ouzou, Mohamed Siad, estime que la Charte signée avant-hier est très profitable à l’ensemble du pays d’une manière générale et à l’échelle locale, car «elle permettra de relancer plusieurs unités de production et de service». M. Siad cite aussi les grands complexes industriels, à l’instar de l’Eniem et de l’ex-Enel d’Azazga qui «ont été plusieurs fois perfusées sans qu’elles puissent donner les résultats attendus d’entreprises de leur taille». Le responsable local du FCE n’est pas, néanmoins, d’accord sur d’éventuels PPP dans le secteur de la santé qui devrait, selon lui, rester du domaine public, d’autant plus que «Tizi-Ouzou devient de plus en plus un pôle de santé rehaussé par des investissements privés de haut niveau». Le professeur en économie Ibrahim Guendouzi est, quant à lui, moins enthousiaste quant à l’opportunité de cette Charte pour la wilaya de Tizi-Ouzou faute d’un tissu étoffé en PME/PMI publiques. «Le tissu d’entreprises de petites et moyennes tailles est strictement du domaine privé dans la wilaya de Tizi-Ouzou, quant aux entreprises publiques existantes, à l’image de l’Eniem ou l’ex-Enel, leur taille et leurs actifs ne sont pas à même de permettre au privé de s’y intégrer, sachant que la Charte parle d’un partenariat à 66% en faveur du privé et 34% pour l’Etat». Le Pr Guendouzi est plutôt favorable à la création d’un climat d’affaires plus sain au niveau local et à l’encouragement de l’investissement dans le cadre de ce partenariat pour la création d’unités de production ou de service inexistantes.
M.A.Temmar
