Point d'ordre – Ces crânes qui nous interpellent !

S. Ait Hamouda

Ce qui nous turlupine plus que la normale c’est notre mémoire. Nous y tenons plus que tout au monde. L’Algérie vient, à juste titre, de demander officiellement à la France la restitution des 36 crânes de résistants et d’un nombre non-négligeable de copies d’archive datant de 1830 à 1962. Ce que la France va certainement accepter, pour le bien d’une coopération qui commence à connaitre une atmosphère plus enjouée, plus sereine, plus débarrassée de la schizophrénie qui l’animait jadis. C’est tant mieux pour nous et aussi pour l’ex-puissance coloniale. C’est au demeurant une bonne chose pour des relations d’où sont expurgées les scories du passé et résolument ouvertes au présent et à l’avenir. Rien ne peut remplacer des échanges apaisés et mutuellement avantageux plutôt que ceux qu’ont connus les deux par le passé, faits de haut et de bas, plus de bas que de haut, qui ont émaillé les rapports algéro-français. Cela ne veut pas dire, assurément, que chacun se fout des intérêts de l’autre, mais au contraire c’est en cela que les amitiés se tissent en dehors du reste. Le passé du territoire colonisé et de son colonisateur ne sont jamais banals, ils sont jonchés de mésententes, d’animosités, d’inimitiés avec quelquefois une affection débridée et de la sympathie de la part d’une partie du peuple français qui reconnut la légitimité et le bien fondé de la cause algérienne. Il y avait aussi des Français d’Algérie qui avaient pris le parti de la révolution, à l’image des martyrs René Maillot et Fernand Iveton et ceux qui ont survécu tels les Chaulet et tant d’autres… Nonobstant, nous pouvons, sans crainte, penser que les Français ayant opté pour la cause algérienne sont Algériens de part leur choix, leur détermination et leur amour pour ce pays. Il y a des hurluberlus qui ne les acceptent pas comme tels de part et d’autre de la Méditerranée, mais qu’à cela ne tienne après les guerres, les exactions, les déportations vient le temps de l’accalmie et de la reconnaissance. Tout le reste n’est que mauvaise littérature…

S. A. H.