Eau potable, le sempiternel problème

Pour arriver jusqu’à ce village, pourtant des plus importants de la commune de Draâ El Mizan — environ cinq mille habitants —, il faut emprunter une route commune, en prenant les clandestins. Ainsi, ils déboursent jusqu’à cinquante dinars pour les frais de transport. Malheureusement, ce n’est pas la seule tracasserie à laquelle sont confrontés ces pauvres montagnards. Les autres problèmes de ces hameaux sont nombreux. Selon les citoyens du village, le plus épineux reste tout de même l’alimentation en eau potable. Certes, diront les responsables, il existe à Henia un réseau d’AEP du couloir dit Sidi Ali Bounab, mais les habitants leur répondront qu’aucune goutte ne leur arrive. « On peut accepter que nos pistes ne soient pas praticables, mais pour l’eau, on ne peut pas s’en passer car elle est vitale. Depuis la réalisation du réseau, il n’y a rien. Pour ce seul problème, nous avons à maintes reprises exprimé notre colère. Promesse sur promesse, en vain », nous a confié un habitant d’Izraraken. Effectivement, même en hiver les habitants de cette vaste contrée continuent à acheter cette denrée à mille cinq cent dinars la citerne de mille litres. Dans notre virée sur les lieux, nous avons appris que le seul service qui fonctionne normalement est le bureau de poste. Quant à l’unité de soins, il semblerait que les citoyens l’ont boudée dernièrement quand l’infirmier qui assurait les soins a été remplacé par un autre. « Nous demandons que notre infirmier reste à ce poste. Il travaille convenablement. Pourquoi donc veut-on créer cette situation ? », s’est interrogé un autre citoyen, apparemment membre d’un comité de village. Et à un autre d’ajouter : « Si cet infirmier n’est pas maintenu à ce poste, nous fermerons le dispensaire ». Le village, croit-on savoir, va bénéficier d’un projet de réalisation d’un collège d’enseignement moyen. En effet, aujourd’hui, les collégiens poursuivent leurs études à Draâ El Mizan moyennant des dépenses supplémentaires à leurs parents en ces moments de vaches maigres. Au cours de nos discussions avec les villageois, nous avons compris que, comme partout ailleurs, les bénéficiaires des aides sociales dans le cadre de l’habitat rural (50 millions de centimes de la CNL) sont confrontés aux formalités administratives. « On nous exige de contribuer avec un apport de 20%, c’est-à-dire environ une trentaine de millions alors que la plupart d’entre nous ne possède même pas de quoi se nourrir. C’est une aberration. Nous avons demandé de lever cette mesure, en vain », nous a expliqué un bénéficiaire. Tout comme les autres villages, le manque de loisirs est criant. D’ailleurs, cette jeunesse est livrée à elle-même à tel point que les fléaux sociaux sont devenus plus nombreux : consommation de la drogue et de l’alcool, petite délinquance et autres vices aussi dévastateurs les uns que les autres. En dépit de tous ces problèmes, les comités de village ne désarment pas et continuent à réclamer leurs droits auprès des autorités locales. Pour mieux organiser leurs hameaux, ils lancent des opérations telle la circoncision pour les enfants nécessiteux en des journées de volontariat, ainsi que l’organisation de timechrit à l’occasion des fêtes religieuses. En tout cas, les associations et les comités ne baissent pas les bras pour faire aboutir toutes leurs revendications, notamment l’aménagement des pistes et l’alimentation en eau potable car les habitants craignent un été difficile.

Amar Ouramdane