À Tigzirt sur mer, l’absence de parc de stationnement automobile transforme la ville en un gigantesque bouchon dès les premières lueurs de l’aube.
Tôt le matin, les ruelles de la ville se transforment en venelle d’un cirque invisible. Des automobilistes «pistent» des places, roulant en escargot, soulevant les jurons des plus pressés, et par intermittence le coup de sifflet du policier en charge de la voie publique. Il se trouve que le chauffeur à l’allure de tortue, travaille dans le coin et cherche absolument à garer sa voiture dans les parages, quitte à gêner la circulation. La ville touristique, village doté d’artères droites et de ruelles étroites, bordées de trottoirs, la ville des charrettes de la fin des années 1800, ne s’attendait certainement pas à un boom démographique. Ahmed, 87 ans natif de Tigzirt sur mer, raconte : «Je me souviens des années 30. La ville paraissait vaste. Il n’y avait pas autant de voitures. Le problème de la circulation et du stationnement ne se posait pas. Aujourd’hui, on voit autant de véhicules que de piétons». En effet, le marché de l’automobile a connu un boom stupéfiant ces dernières années. L’émigration en France a été à l’origine du parc automobile de la Kabylie. À partir des années 70, les travailleurs retraités rentrèrent systématiquement au bercail avec des véhicules légers et utilitaires. Dans les années 80, ce sont les fameuses «moins de trois ans» qui ont fait fureur arrivant par centaines dans l’année, boostée par les licences à l’importation délivrées aux moudjahidines ou dans d’autres cas par la fameuse AIV. Dans les années 1990-2000, l’octroi d’un crédit à l’achat de véhicules a aussi renforcé la situation du parc roulant régional. Privilège du riche ou du bourgeois, la voiture est devenue à la portée de tout fonctionnaire. Les marques occidentales trop chères pour être à la portée de toutes les bourses ont été reléguées en touche au profit des asiatiques, moins chères. Le paiement par échéancier s’étant révélé abordable a achevé le reste. La région s’est transformée en une immense fourmilière de véhicules, avant que le gouvernement ne décide d’arrêter ledit programme de financement. Composé de centaines de villages, la région possède aussi une moyenne de cent véhicules par bourgade. Le chef-lieu, siège de toutes les administrations se trouve de ce fait pris d’assaut chaque matin par des automobilistes pénétrants par toutes les issues. Les agents de police sont régulièrement critiqués, voire insultés lorsqu’ils verbalisent les contrevenants. «J’habite au centre-ville. Depuis que j’ai acheté ma voiture, et n’ayant pas de garage je la gare devant ma maison. À supposer qu’un parking existe dans les parages, je suis prêt à payer mensuellement pour un place de stationnement», dira Amar, infirmier de son état. «Vous savez, nous voyons tous les jours des immeubles pousser comme ders champignons. Et pourquoi les promoteurs ne pensent-ils pas à créer des parkings souterrains sous l’assiette de l’immeuble en projet ?» se demande un autre habitant. En effet, d’une pierre deux coups, tout le monde y trouvera son compte. Le propriétaire fera recette des usagers du parking souterrain, ces derniers trouveront une place pour leurs véhicules pour désengorger la ville.
Ferhat Tizguine

