Depuis plus d’une décennie, jamais le printemps n’a été aussi copieusement arrosé. Les averses de pluie qui se sont abattues tout au long du mois de mai et en ce début de juin, ont sérieusement perturbé la campagne de fenaison dans les plaines de la vallée de la Soummam. Habitués à des printemps plutôt doux et secs, les agriculteurs ont investi leurs prairies, sitôt égrenés les premiers jours du mois de mai, pour les délester de leurs épaisses toisons diaprées. Mais c’était compter sans «l’humeur» fantasque de Dame nature, dont les soubresauts ont pris tout le monde au dépourvu. «Nous avons enregistré de gros dégâts sur nos récoltes. Certains ont pratiquement tout perdu», témoigne sur une pointe d’amertume, un fellah de la région de Tazmalt. «L’opération de fauchage m’a couté plus de 30 000 da. Un mois s’est écoulé et ma récolte est toujours étalée dans le champ, à cause du mauvais temps», rapporte un citoyen d’Ouzellaguen. «Les rares fellahs qui ont vite fait de mettre leur foin en botte et de l’engranger rapidement, l’ont échappé belle. Pour les autres, ils n’ont pu que constater l’ampleur des pertes», relève un agriculteur de M’cisna, sur les hauteurs de Seddouk. Partout dans les plaines de la Soummam, on déplore un manque à gagner considérable. Les moins chanceux se plaignent d’avoir tout perdu. Une perte sèche pour cause d’un temps humide. Sans mauvais jeu de mots. Déjà fortement orienté à la hausse, le prix du fourrage promet d’atteindre des sommets vertigineux. C’est l’ironie du sort pour ces damnés de la terre que sont les agriculteurs. Sensée être un motif d’espoir, la pluie s’est muée en source d’infortune. «Il faut savoir, en toute circonstance, faire contre mauvaise fortune bon cœur. Quoi qu’ayant détruit des récoltes, cette manne providentielle permet d’entrevoir l’avenir avec plus de sérénité et de confiance», souligne flegmatique, un campagnard d’Amalou.
N. Maouche
