Les banques pointées du doigt

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L’investissement, créateur de richesse et pourvoyeur d’emplois, peine à trouver ses marques dans la wilaya de Béjaïa. Des contraintes en tous genres et des entraves diverses font que la création d’entreprise s’apparente au parcours du combattant. En dépit des améliorations tangibles apportées par le nouveau code des investissements, notamment l’accès au foncier industriel via la concession et les incitations fiscales, il y a toujours tant d’initiatives qui s’en aillent en eau de boudin. Outre le goulot bureaucratique, réputé pour être un obstacle rédhibitoire à l’essor de l’investissement, le système bancaire est aussi mis au banc des accusés par nombre d’opérateurs économiques. Le constat fait par des porteurs potentiels de projets d’investissement et des gérants d’entreprises est sans appel : «Nos banques sont gérées comme des entités administratives. Elles fonctionnent de manière archaïque et primitive, en total déphasage avec la réalité du terrain», s’insurge le patron d’une PME d’El Kseur. «Cela fait plus de cinq ans que j’ai engagé des démarches pour obtenir un crédit d’investissement à long terme, dans le cadre d’un plan d’expansion de mon entreprise. Mon dossier ne souffre d’aucune lacune, néanmoins il est toujours en instance», soutient-il, confessant entrevoir de jeter l’éponge. La difficulté d’accès aux crédits par des particuliers ou par de professionnels, dont la solvabilité n’est pas garantie, accrédite la formule consacrée, selon laquelle «on ne prête qu’aux riches». «Cette pratique surannée et discriminante pénalise les bons projets et fait le lit de la spéculation immobilière», estime un attributaire d’un lot de terrain dans une ZAC de la haute vallée de la Soummam. «Quand vous avez à faire, non pas à des banques, mais à des préteurs sur gages, on tue dans l’œuf toute velléité d’investissement et on décourage l’esprit entrepreneurial», poursuit-il, amer. En contrepartie de la concession d’un crédit, un citoyen de Tazmalt porteur d’un projet dans le domaine agroalimentaire, s’est vu exiger par sa banque une hypothèque «abusive» : «J’ai demandé un crédit de 2 milliards. On m’a répondu par l’affirmative, sous réserve de placer en hypothèque une villa luxueuse valant près de 15 milliards. C’est une condition aussi insensée qu’injustifiée», s’insurge-il, voyant dans une telle condition un refus déguisé. Bien de professionnels considèrent qu’en dehors des prêts de types ANSEJ-CNAC, dont le principal est pris en charge par un fonds de garantie et l’intérêt bonifié par le trésor public, le financement de projets est un lointain mirage, un miroir aux alouettes. «Les banques sont enclines à prendre des commissions, mais frileuses à prendre des risques pour financer l’activité et le développement économique. Il est vrai que la gestion de ce risque requiert bien souvent une solide expertise que les banques n’ont pas forcément. Il faut aussi signaler que la pénalisation de l’acte de gestion est un frein important à l’investissement», estime un observateur de la place bancaire.

N Maouche.

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