Rationnement et vente concomitante

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Jamais le lait en sachet n’a suscité autant de controverses et de déchaînement que ces dernières années. Ce produit de base, subventionné par l’État, continue de défrayer la chronique avec des perturbations avérées à tous les niveaux: de sa sortie d’usine jusqu’à sa commercialisation, en passant par sa distribution. Le rationnement dans la distribution des quotas de la poudre du lait sur les producteurs s’est répercuté négativement sur le marché national de ce produit de première nécessité. Les laiteries produisent moins et les quantités sont, par conséquent, réduites, et n’arrivent pas à satisfaire la demande des consommateurs. C’est le cas dans la région du Sahel où la demande dépasse très largement l’offre. Ces jours-ci, une tension sur ce produit est signalée un peu partout à travers la région. Cet état de fait est vérifiable surtout chez les commerçants de l’alimentation générale, où le lait en sachet est devenu une denrée rare, sur laquelle la tension persiste encore de nos jours. Dans certaines localités, relevant de la wilaya de Bouira, des ménages s’agglutinent et forment carrément des files, pour pouvoir acheter quelques sachets. Cette pénurie, qui perdure depuis des années déjà engendre, dans son sillage, des comportements pour le moins condamnables de certains commerçants qui, toute honte bue, exigent de leurs clients d’acheter un sachet de lait de vache ou du petit-lait, pour avoir deux ou trois sachets de lait pasteurisé. Cette façon de faire est remarquable dans presque toutes les épiceries de la vallée du Sahel, où des commerçants dictent à leurs propres clients ce qu’ils doivent acheter. Ces derniers voient en cette pratique du chantage. Cette vente concomitante a réveillé de vieux souvenirs chez les personnes ayant vécu l’époque charnière des années 1980, durant laquelle cette pratique était «en vogue», se rappelle-t-on. «Je me souviens que dans les années 1980, à l’époque des fameux Souk El Fellah, on nous obligeait à acheter des produits que nous n’avions pas demandé. Des produits mévendus qui nous ont été ‘’collés’’. Je me souviens qu’un jour, après avoir fait des emplettes, le caissier m’a demandé de rajouter dans la liste des produits que j’ai achetés une… bêche, bien que je lui avais dit que je n’avais rien à faire avec, puisque je ne possédais pas de terre à bêcher», se remémore un septuagénaire de M’Chedallah. Il faut signaler que, dans la région du Sahel, il n’existe aucune laiterie. L’approvisionnement se fait à partir de Tazmalt et Akbou, dans la wilaya de Béjaïa, ou de Tizi-Ouzou. Au moindre problème de distribution, la région se retrouve devant une crise. Un scenario qui s’est déjà produit par le passé.

Y. S.

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