Amar Tou : « L’hôpital n’est pas un hôtel »

Cela étant,le ministre, rencontré hier en marge de la conférence sur le négoce et le financement des hydrocarbures en Afrique à laquelle il a pris part, a souligné que l’objectif assigné à cette action est l’amélioration de la prise en charge des malades hospitalisés. Interpellé sur la nature des repas, qui seront servis aux patients, le ministre a fait savoir que l’option du repas unique est maintenu car, souligne t-il, « l’hôpital n’est pas un hôtel ». Il a en revanche réitéré que le budget alloué à l’alimentation a augmenté de 35% en 2006 par rapport à l’exercice précédente. Pour ce qui est de l’éventualité de revoir à la hausse les frais d’hospitalisation, Amar Tou a souligné qu’elle n’est pas à l’ordre du jour. Cette question sera traitée, selon lui, dans le cadre de la contractualisation prévue dans le secteur. Les avis des malades mitigés Hôpital Mustapha. Service chirurgie. C’est l’heure de la visite. Les parents et amis sont venus, nombreux, pour rendre visite à leur malades hospitalisés. Le couffin à la main, un d’entre eux nous dira qu’il apporte la nourriture à sa fille hospitalisée depuis mardi dernier. A l’entendre parler, sa fille risque de séjourner plus longtemps à l’hôpital à cause de son état de santé, vu qu’elle a des problèmes cardiaques. Interpellé sur la nouvelle mesure ayant trait à l’interdiction des couvertures et repas maison dans les hôpitaux, notre interlocuteur rétorque qu’ « il ne suffit pas seulement d’interdire, mais de mettre le paquet pour améliorer les présentations de service ». Il est nécessaire selon lui d’améliorer la prise en charge des malades car celle-ci fait défaut. Pis, elle « est déplorable ». A ses yeux, les repas servis par les hôpitaux sont loin de répondre aux normes internationales, pour ne pas dire souvent « infectes ». « Ni l’état de santé du malade, ni son âge, encore moins son régime alimentaire ne sont pris en considération. Ils ( service de l’hôpital) leur servent à tous le même plat comme dans une colonie de vacances », nous dit une dame, venue elle aussi rendre visite à sa mère. Celle-ci insiste que sa mère ne pourra jamais toucher la bouffe cuisinée à l’hôpital car elle  » est non comestible « , atteste-t-elle en ajoutant que ce genre de nourriture risque d’aggraver la situation du patient. « Comment voulez-vous qu’un malade qui souffre de la vésicule mange des pâtes, c’est insensé. C’est pour cette raison que je préfère lui préparer chez moi une bouffe saine, ainsi j’ai la conscience tranquille et ma mère n’aura pas de problème de santé supplémentaires ». Et d’ajouter : « L’hygiène alimentaire est très importante ». Sa jeune sœur témoigne que dans un hôpital où elle a été opéré l’an dernier, la distribution des repas était attribuée aux femmes de ménage. « Elles ne prennent même pas la peine de servir les malades. C’est à ces derniers de se déplacer dans la soi-disant cuisine pour se servir et il est rare que le plat soit cuisiné avec de la viande. Dans les pays qui se respectent, le malade ne fait aucun effort tout au long de son hospitalisation ». Leila est de Batna. Elle n’a aucun proche sur Alger. Elle n’a donc pas le choix. « Je pense que c’est une bonne chose de prendre en charge le malade car tout le monde n’a pas de proches qui viennent lui rendre visite et lui ramener à manger ou des éléments de literie ». Sur la qualité de la prestation de services, notre interlocutrice souligne qu’elle est en deçà des espérances du malade. « Je crois que la nourriture qu’on nous donne n’est pas contrôlée par le service médical », fulmine-t-elle. Le parent d’une autre patiente souligne qu’il est préférable d’avoir une meilleure prise en charge à des tarifs d’hospitalisation plus chers que de continuer dans ces mêmes conditions. Un autre s’oppose en soulignant qu’avec « un pouvoir d’achat dérisoire, les citoyens ne pourront pas faire face en cas d’augmentation. La preuve ils sont nombreux ceux qui boudent, faute de moyens, les cliniques privées ».

Les syndicalistes réclament des réformes profondes« C’est une bonne chose d’humaniser nos hôpitaux » mais l’essentiel est « d’aller vers les réformes profondes », nous dira Dr Yousfi du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique ( SNPSSP). Selon lui, il est temps de changer la méthode de gestion caduque régissant nos hôpitaux et de la moderniser de façon à mieux prendre en charge le quotidien des malades. « Il faudrait accélérer les réformes et instaurer le système de la contractualisation ». Cela étant dit, cette première action est très positive, mais elle nécessite selon notre interlocuteur, de l’accompagner des mesures incitatives telles que le renforcement des effectifs, notamment dans les régions intérieures et la révision de la gestion du budget, estime Dr Yousfi. Dr Khendek, médecin spécialiste, s’interroge quant à lui si le ministère « a les moyens pour concrétiser sa politique » Pour le syndicat de la santé affilié au SNAPAP, l’interdiction des couvertures et repas maison dans les hôpitaux n’est guère une priorité, quoiqu’elle soit une louable initiative, d’après Hadj Djeloul. « L’important pour nous est de relancer la nouvelle loi sanitaire bloquée depuis très longtemps, et de doter les hôpitaux de produits pharmaceutiques ».

Wassila Ould Hamouda