BOUIRA – Récolte céréalière – Les agriculteurs sur le qui-vive

Les céréaliculteurs de la wilaya de Bouira sont à la fois optimistes et inquiets face à l’avenir de leurs récoltes qui s’annoncent très prometteuses. Ils appréhendent, néanmoins, les orages ou les incendies qui pourraient compromettre la campagne moisson-battage.

À travers la wilaya de Bouira, les champs de blé, d’orge et d’avoine s’étendent à perte de vue, notamment dans la région sud où certaines parcelles font l’objet d’une attention particulière. Il s’agit notamment de celles se trouvant aux abords des grands axes routiers, comme la RN8 qui traverse plusieurs centaines d’hectares de champs de céréales. Sur le chemin menant vers Maamora, une halte au niveau de Guelt Zerga, 5 kilomètres au nord-est de la ville de Sour El-Ghozlane, permet au visiteur de passage de prendre conscience de la réalité. Les champs de blé, d’orge et d’avoine arriveront bientôt à maturité et les agriculteurs scrutent le ciel en priant pour que les intempéries épargnent leurs récoltes. Hadj Djeloul, un sexagénaire bon pied bon œil, est céréalier depuis plusieurs décennies et il veille personnellement sur ses différentes parcelles. «En cette saison qui coïncide avec la campagne moisson-battage, nous devons demeurer vigilant car les risques d’incendies sont fréquents, et certains automobilistes inconscients n’hésitent pas à jeter leurs mégots par la fenêtre. C’est l’une des plus grandes menaces qui pèsent continuellement sur nos récoltes jusqu’à ce que le blé soit engrangé au niveau des silos de la CCLS. Pour le moment, nous attendons à ce que le taux d’humidité des céréales retombe afin de pouvoir procéder à la moisson», fait savoir Hadj Djeloul. Par ailleurs, la crainte qu’un orage d’été éclate en cette période est omniprésente chez ce dernier qui avoue être impuissant devant les changements météorologiques. Des blés et des orges qui d’apparence semblent pourtant arrivés à maturité, mais cette maturité n’est que de façade. Les services de la CCLS de Bouira sensibilisent quotidiennement les céréaliers pour qu’ils moissonnent une fois le taux d’humidité évaporé des grains. «Nous enregistrons des taux dépassant la normale avec des pics atteignant les 16%, ce qui est intolérable car trop élevé. Dans ces circonstances, les grains moisissent et attirent les charançons si nous ne faisons pas preuve de vigilance. De ce fait, nous incitons les agriculteurs à retarder le moment de la moisson afin de permettre l’évaporation de l’eau contenue dans le blé et l’orge», souligne M. Naili Mourad, directeur de la CCLS de Bouira. Sur l’une des parcelles de Hadj Djeloul, le secrétaire général de la Chambre de l’agriculture, M. Akkouche Malek, accompagné de M. Naili, en visite de travail, ont pu constater l’excellent rendement en blé dur de qualité, issu de la variété « Amar 06 ». «Nous constatons que sur ces parcelles, il n’y a aucun mélange variétal, et c’est encourageant de voir que l’itinéraire technique de l’emblavement a été respecté par les céréaliers. De ce fait, nous nous attendons à des rendements records», prévoit M. Akkouche. Dans une autre parcelle, des mauvaises herbes sont visibles au milieu des blés dorés. «Malgré tous les traitements administrés, cette mauvaise herbe a survécu, et ceci n’est pas faute d’avoir mis les moyens pour les éradiquer», lancera Hadj Djeloul, affirmant que les traitements phytosanitaires lui ont couté plus de 550 000 dinars.

Les prévisions augurent de bons rendements

Le blé tendre Ain Abid, variété ramenée d’une des villes de la wilaya de Constantine d’où elle tire son nom, a enregistré un rendement assez important pour cette année. D’ailleurs, M. Akkouche, en professionnel, s’amusera à égrener quelques épis afin d’en constater la production. «Nous trouvons une moyenne de 85 grains dans un épi, et selon des informations qui nous sont parvenues, le nombre de grains varie entre 80 et 100 pour un épi de cette variété, selon l’irrigation d’appoint qui aura été apportée aux parcelles. On peut d’ores et déjà affirmer que le rendement sera exceptionnel pour cette saison», affirme le secrétaire général de la chambre de l’agriculture de Bouira. On apprendra également que pour certaines variétés de blé dur, d’autres tiges poussent à proximité de l’épi principal, c’est ce que les professionnels appellent les talles. Ces dernières peuvent fournir jusqu’à une vingtaine de tiges secondaires avec leurs épis. Selon les chiffres fournis par le DSA, la campagne labours-semailles de cette saison s’est effectuée sur une superficie emblavée de 65 695 hectares sur les 37% de la superficie agricole utile qui, elle, correspond à près de 70 000 hectares. Sur la totalité de cette superficie emblavée, le blé dur représente plus de la moitié des céréales avec 43 925 hectares, suivi successivement par l’orge sur 14 078 h, le blé tendre 6 110 h et l’avoine 1 582 h. Le programme visant la multiplication de semence a été réalisé sur 8 191 hectares. Les chiffres émanant de la DSA indiquent, par ailleurs, l’emblavement des blés durs de 58 434 quintaux issus des variétés Simito, Amar 06 et Chenes. Le blé tendre, avec les variétés Arz et Ain Abid, à plus de 5 500 quintaux et 12 600 quintaux d’orge Rihane et Saida. En outre, la culture des légumineuses n’est pas en reste avec 1 489 hectares de pois chiches et lentilles qui ont été ensemencés, soit 40% de la superficie totale. M. Djoudi Ganoune, directeur des services agricoles, affirment, quant à lui, que la première semaine de récolte et d’acheminement des blés a été extraordinaire en atteignant des pics, jusque-là inégalés. «Au cours de cette première semaine, nous avons récolté plus de 13 000 quintaux, alors que l’année dernière, nous en avions récolté 10 000. Cela laisse présager que l’on s’attend à des pics supérieurs à toutes prévisions», indique M. Djoudi. Le DSA affirme que ses services organisent des réunions périodiques de sensibilisation et de regroupement pour veiller à la mise en place et au bon déroulement du dispositif et de la réussite de cette campagne avec la collaboration des services de la gendarmerie, de la protection civile et des forêts. Ces prévisions hors normes et exceptionnelles sont annoncées par les différents services de l’agriculture mais aussi auprès des céréaliers. Un rendement qui varierait d’une région à une autre et oscillant entre 28 et 32 quintaux à l’hectare, notamment dans les terres fertiles du plateau d’El Esnam, la plaine des Arribs à Ain Bessem, considérées comme régions céréalières par excellence. Lors de la campagne moisson-battage de l’année dernière, le rendement enregistré était de l’ordre de 25,75 quintaux à l’hectare, et la wilaya de Bouira avait obtenue une production céréalière dépassant le 1,7 million de quintaux. Hadj Djeloul exprime clairement ses craintes. «Nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe. Et tant que les céréales ne sont pas engrangées dans les silos de la CCLS, nous craignons pour nos récoltes exposées aux aléas du climat, d’un tesson de bouteille qui peut provoquer une flamme et d’un départ de feu qui réduirait à néant tous nos efforts. Nous sommes continuellement sur le qui-vive, d’autant plus que les services de la DTP qui devaient débroussailler sur les bas-côtés de la chaussée ne se sont pas encore manifestés pour au moins défricher la délimitation de nos cultures», s’inquiète Hadj Djeloul. Les céréaliers comme notre locuteur sont toutefois nombreux à avoir pris les devant. Pour cela, ils ont procédé au défrichage et à la réalisation de pare-feux et des labours sur le côté des champs longeant les axes routes traversant leurs parcelles. Une manière pour protéger du mieux qu’ils peuvent leurs récoltes céréalières.

Déjà les premiers incendies

M. Djoudi Ganoun affirme, de son côté, que toutes les dispositions ont été prises pour assurer un encadrement des récoltes. «Nous avons procédé à l’installation du guichet unique au niveau de la CCLS. Mais, auparavant, plusieurs réunions ont été tenues pour préparer cette campagne moissons-battages. Nous avons organisé une journée technique avec la PMAT en regroupant tous les céréaliers de la wilaya pour la préparation du matériel agricole. Et dans cette optique, il y a eu la mise en place d’un plan de circulation dans la ville de Bouira pour les tracteurs afin de livrer leurs productions dans un temps record au niveau de la CCLS qui s’est dotée d’un point de collecte au niveau de Taguedit d’une capacité de 3 000 quintaux, en plus des 11 points de collecte existant à travers les communes de Sour El-Ghozlane, Bouira et Aïn Bessem, d’une capacité globale de 978 000 quintaux. Nous avons, par ailleurs, mobilisés 3 549 tracteurs, dont 293 soutenus dans le cadre du FNRDA ; 267 moissonneuses-batteuses, dont 86 soutenus par le FNRDA et 33 par la CCLS ; 1 763 remorques et 1 328 citernes. Il y a eu la mise en place de stations ambulantes par la protection civile pour une intervention rapide. Des orientations ont été transmises à la SNTF pour nettoyer les axes ferroviaires bordant les parcelles de céréales», indique M. Djoudi Ganoun, DSA de Bouira. Cependant, malgré toutes ces précautions et les multiples campagnes de sensibilisation, des incendies peuvent se déclarer à tout moment, comme cela a été le cas jeudi dernier, où plus de 24 hectares ont été ravagés par les flammes sur une parcelle d’Oued El Berdi. À l’origine de ce sinistre, un corbeau qui s’est électrocuté sur des câbles électriques et qui, en tombant, a provoqué un départ de feu. À El Esnam, également, un céréalier à vu une partie de sa récolte partir en fumée. Il faut dire que, déjà des agriculteurs déplorent la perte de certaines de leurs cultures. C’est le cas pour l’avoine dont plusieurs parcelles ont été touchées de plein fouet par les aléas du climat. Les dernières précipitations aidant, l’avoine n’aura pas réussie le pari d’atteindre les rendements escomptés. Cet état de fait a été constaté non loin de la localité d’Aïn Bessem, à proximité de la ferme Haicheur, dans une parcelle appartenant à un fellah de cette région. Le spectacle est désolant et les tiges d’avoine de plus d’un mètre de hauteur sont carrément pliées alors qu’elles sont encore vertes. À signaler que le coup d’envoi officiel de la campagne moisson-battage s’effectuera à partir de la semaine prochaine, et sera incluse dans le cadre du programme des festivités du 5 juillet, avec la présence des autorités de la wilaya et de hauts responsables du ministère de l’Agriculture.

Hafidh Bessaoudi