L’agence de l’Algérienne des Eaux (ADE) d’Aïn El Hammam, qui couvre aussi la commune d’Aït Yahia, est fermée depuis avant-hier mardi, par les habitants du village Takana relevant de la municipalité d’Aït Yahia. Ils disent protester contre le manque d’eau, «nos robinets sont à sec depuis plus de deux mois», clament-ils. Devant la porte d’entrée verrouillée par une grosse chaîne et un cadenas, se tiennent une quinzaine d’hommes, assis à l’ombre, sur les marches de l’escalier menant vers l’intérieur, empêchant quiconque d’y accéder. Dans le jardin public d’en face, quelques employés de l’ADE attendaient, jusqu’en fin d’après-midi, un éventuel dénouement. Le responsable de l’agence, absent, était selon un employé «sur le terrain en train d’essayer de résoudre le problème». Quant aux protestataires, qui insistent sur leur «mouvement pacifique», ils disaient attendre que les autorités viennent avec une solution définitive. «Nous resterons ici jusqu’à la satisfaction de notre seule et unique revendication : qu’on nous donne de l’eau», ont-ils asséné. Interrogés sur le fait que les hameaux voisins de leur village prennent toute l’eau, comme certains l’ont suggéré, les protestataires nous diront ne pas vouloir «rentrer dans une quelconque polémique». «Nous n’avons de problème qu’avec l’ADE à laquelle nous demandons notre droit d’étancher la soif des trois mille cinq cents habitants du village», ont-ils tranché. Un responsable du comité dudit village tiendra à nous apprendre : «Face au problème qui dure depuis plusieurs années, nous avons décidé d’apporter notre aide à l’ADE pour enfin en terminer avec le manque d’eau. Nous avons donc réalisé avec nos propres deniers, soit trois milliards cinq cents millions de centimes, un réseau de distribution de 11 kilomètres et demi. Les services de l’ADE nous avaient promis qu’avec cette réalisation notre problème allait être résolu. Finalement, cette promesse n’a pas été tenue». Il faut savoir que la région en conflit possède deux châteaux d’eau dont un seul est en service. Joint par téléphone, le directeur de l’agence confirme sa présence du côté de Takana où il se trouvait en pourparlers avec la population. «Plusieurs équipes d’intervention m’ont accompagné sur place pour effectuer des travaux pouvant atténuer cette crise. Je leur ai proposé de mettre en service le réservoir de 40 m3 qui alimenterait exclusivement Takana, laissant celui de 100 m3 à leurs voisins. Si les habitants de Takana ont vite applaudi, ceux des autres fractions, d’accord sur le principe, refusent de donner leur accord tant que la proposition n’est pas discutée en assemblée générale du village», nous a-t-il expliqué. Les employés de l’ADE et leur chef ont dont rebroussé chemin en attendant qu’on les informe des résultats des débats des villageois. En attendant, de nombreux citoyens subissent les désagréments de cette situation. Ils ne peuvent ni payer leurs factures, ni procéder à une quelconque réclamation. Hier, à 14h, rien n’indiquait que les bureaux seraient rouverts aujourd’hui. Rappelons que dimanche dernier, les groupes d’habitations appelés «fractions» avaient procédé à la fermeture de la mairie d’Aït Yahia, protestant, eux également, contre le manque d’eau.
A. O. T.

