La galerie d'art contemporain ESPACO, d’El Achour, abritera du 8 décembre au 8 janvier l’exposition de l’artiste Karim Sergoua intitulée 7 Houmate.
Ainsi, durant un mois, les amoureux du 3e art auront l’occasion d’admirer les œuvres de cet artiste qualifié par l’écrivain et critique d’art, Jaoudet Gassouma, d’un homme qui est hors du temps, un seul nom, un seul prénom et la magie d’un art qui accompagne indéfiniment ce derviche coloriste. Concernant le thème de l’exposition, l’écrivain dira : «L’artiste adopte le chiffre sept pour tout ce qui le charge de messagerie intemporelle : sept remparts, sept dormants, sept merveilles du monde, sept cieux… et sept techniques diverses pour un artiste qui, au delà du temps, maintient intact son amour pour les ancêtres. On y voit sept parties d’un art devenu pour ce plasticien total, soit un hommage à quelques sept protecteurs échappés du monde étrange de ce flamboyant personnage à l’énergie fulgurante puisée dans les rites de zaouias, l’Algérie de nos aînés, de ces »Bouderbala » tolbas légendaires puissant jusque dans la sublimation des mythes, des rituels volés à l’histoire immémoriale qui racontent les saints, les méchants et les autres. Entre art rural, villages secrets et vieilles pierres tombales sculptées et »témoins » du temps figé dans le rituel de la mort qui rejoint le rituel de la vie, son cœur inspiré balance pour aller aussi vite se délecter de ces »étalages » décorés des vendeurs ambulants de cigarettes, de CD, K7 et autres babioles multicolores entre real Madrid ou Barça pour des joutes parlantes et criantes de vérité. Le plasticien fait de ces choses là un exercice fabuleux de transmission à travers la sublimation de l’apparence signifiée, triviale et pourtant fondamentale pour son art consommé de la dérision. Les »Ichoomar » lui parlent, le bruit des cafés lui susurre ses vérités, les »houmiste » sont pour lui des abécédaires truculents et les toits des maisons des repères inexpugnables si sensibles pourtant ! Karim Sergoua va décliner sa propre histoire dans »7 Houmate », sept quartiers, sept »blocks » vivant qui deviendront un réservoir artistique original, surprenant avec une nuit colorée consacrée au dessin, suivie des noctambules du croquis au sein de l’Espaco. Sur sa rencontre avec Sergoua, Ahmed Bedjaoui, universitaire, producteur et critique de cinéma informe : «J’ai connu Karim au milieu des années 80 lorsque l’Algérie bouillonnante se trouvait au sommet de son génie créateur dans la littérature, le théâtre, la musique, le cinéma et les arts graphiques. Nous étions à deux générations près, tous deux proches de Ahmed Asselah et de Denis Martinez. Deux compagnons de ma jeunesse postindépendance qui ont fortement marqué le développement artistique de Karim. Ce dernier s’est très vite affirmé comme un leader pour cette nouvelle génération d’artistes qui a émergé des rangs de l’école des Beaux Arts, grâce à des peintres/enseignants de talent comme Mesli, Yellès et bien sûr Martinez en qui la nouvelle vague de plasticiens a vu un leader tranquille et inspirant. Grâce à l’appui de Boualem Bessaih, nous avions pu lancer, en 1987, la première édition de la Biennale internationale du film et de l’archéologie de Tipaza. Ce fut un lieu de rencontre entre cinéastes et archéologues, mais également un lieu de convergence pour différents types de créateurs. La naissance de l’association s’est faite sous l’œil bienveillant de la grande association italienne ARCI NOVA qui allait nous accompagner lors des différentes éditions de la Biennale des jeunes créateurs de la Méditerranée, dont l’ABIT avait été la cofondatrice. La présence très solaire de Karim et son plaidoyer pour la jeune création, nous avait incités à consacrer l’essentiel de nos activités à la promotion des jeunes artistes. Ce fut Karim qui se trouva d’emblée à la commande et qui a recruté les jeunes créateurs d’une douzaine de spécialités qui allaient de la peinture à la vidéo, en passant par la mode à l’art culinaire. Des centaines de créateurs comme Dilem, Djalti, Chaouli et bien d’autres, ont connu leur première exposition ou leur premier concert grâce à la Biennale, mais surtout grâce à l’enthousiasme et au sens de l’organisation de Karim. Homme-orchestre, il savait se partager entre l’élaboration de ses œuvres, son désir de communiquer par l’enseignement de l’art et son dévouement aux autres». À propos de l’œil dans la main (khamssa), l’universitaire Benamar Mediene souligne : «Nour-Lumière, c’est son prénom. La peinture en acte revenue au commencement du royaume de l’innocence ou d’un geste de la main, se crée la forme qui se réfracte dans l’œil. Face au panneau blanc, l’iris de l’enfant s’emplit de ce que le hasard a fait des jets de matière rouge, bleue, noire, jaune… Il est fier et il s’étonne des éclaboussures d’où naissent des formes circulaires, sinueuses, angulaires, étoilées, des droites ascendantes et des courbes en tombées abruptes, des reliefs et des creux que sa main-pinceau fait jaillir de l’espace limité. Il invente une calligraphie ésotérique dont il abandonne en riant le secret au cœur de son éphémère création pour suivre Denis Martinez, le Majdoub, tout à sa liturgie exaltée et au lamento de sa flute. Les parfums d’encens ritualisent l’atmosphère. Karim est un peintre inquiet mais actif, un désenchanté qui n’abdique pas, un pathétique discret, un sceptique joyeux. Le paradoxe n’est pas dans le caractère, il est dans l’œil et la main qui font surgir de l’invisible des formes étonnantes qui obligent le regard à scruter l’œuvre, à se retourner sur lui-même ou à se baisser. Il est peut-être, et à la fois, le fils et le père de lui-même, et l’enfant engendré de la pupille dilatée de M’hammed Issiakhem. Il est le frère de Denis Martine et cousin de Mokrani descendus des hauteurs du Tassili, portant le talisman de l’aïeul graveur de têtes rondes». «Karim vient d’une tribu dispersée dans les Zibans, un reste du clan numide rescapé des grands meurtres et qui se retrouve au hasard d’une chevauchée imaginaire dans les gorges du Roufi ou un vent glacial d’hiver, ou infernal de juillet, arase les végétaux gris argent, vert océan et érode les roches ocre brun. C’est ma tribu sans nom et sans bannière, dit Karim, c’est ma tribu hallucinée d’avoir perdu son alphabet et sa boussole, qui recherche le repos sans jamais trouver l’ombre du cèdre de Tamghout ou de Yakouren, ni les odeurs de genévriers de Uoukous qui jaunissent sur le mamelon de Tébessa, dite l’abandonnée. Sans jamais trouver l’ombre du figuier généreux de la Seybouse ou de Beni-Ghorbi, ni celle de l’olivier entêté qui donne à notre paysage une couleur et un son argentins», a-t-il ajouté. Pour rappel, le vernissage de l’exposition aura lieu le 8 décembre prochain à 15h.
Sonia Illoul

