Au moment où l’on préconise de fixer les populations rurales, on se rend compte que sur le terrain, même les services publics fuient les campagnes au profit des villes. La plupart des services sont concentrés au niveau du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou au détriment des zones rurales, telles Aïn El Hammam, Iferhounène et autres. On assiste à un «flux migratoire» des jeunes vers l’Europe, le Canada ou d’autres régions du pays, comme l’avaient fait avant eux leurs pères et grands-pères. Dans une région comme Aïn El Hammam, seules les administrations de l’APC et de daïra offrent au compte-gouttes des emplois précaires qui n’intéressent que ceux qui ne peuvent aller travailler ailleurs, moyennant un salaire décent. Le bureau de l’ANEM peut-il offrir des postes d’emploi aux centaines de jeunes chômeurs lorsqu’on sait que même les entreprises pourvoyeuses d’emploi sont inexistantes dans la région ? Les jeunes ont besoin de travail stable qu’ils ne trouvent pas chez eux. Le bâtiment, pourvoyeur de postes de manœuvres et de maçons, est à l’agonie. Faute de plan de charge, les entrepreneurs reprennent la truelle de leurs débuts pour survivre sans avoir à payer de la main d’œuvre. Les diplômés de l’université s’essaient à des travaux de champs ou de manœuvres en attendant de quitter la région vers les villes. Les petites entreprises et même les magasins ferment un à un faute de travail. Des dizaines de commerçants ont mis la clé sous le paillasson pour aller chercher leur subsistance ailleurs. La CNRC, après avoir engagé des travaux à coup de centaines de millions, n’a pas trouvé mieux que de fermer le centre sans avoir jamais ouvert ses portes. Les commerçants sont, de ce fait, contraints de se déplacer à Tizi-Ouzou ne serait-ce que pour retirer un imprimé. Auparavant, l’ex-SONITEX avait ouvert la porte des départs. La SONIPEC garde son local avec des étagères garnies de quelques paires de chaussures datant de vingt ans, mais personne n’ose y pénétrer. La laiterie «Pâturage d’Algérie» qui avait ouvert son entreprise agroalimentaire spécialisée dans les produits laitiers à Michelet, employant des dizaines de personnes, a vite délocalisé vers Tizi-Ouzou. Deux usines privées de fabrication de carrelage lui avaient emboité le pas quelques temps après. Les résidants possédants les moyens d’acheter un logement choisissent Azazga, Tizi-Ouzou ou Boumerdès, plutôt que de «s’enterrer dans ce trou», disent-ils.
A. O. T.
